On dit qu’Icare, personnage fabuleux de la mythologie grecque, vola si haut, si près du soleil, que la cire de ses ailes artificielles fondit et qu’il tomba dans la mer Égée, y trouvant la mort. Le pouvoir des ailes d’Icare fut à la source de la témérité qui le perdit. Le paradoxe, bien sûr, est que ses atouts les meilleurs l’amenèrent à la mort.

Le même paradoxe s’applique à beaucoup de compagnies remarquables : bien souvent, leurs victoires et leurs forces les entraînent dans des excès qui causent leur chute. Le succès mène à la spécialisation et à l’exagération, à la confiance et à la suffisance, aux dogmes et aux rituels. En fait, il semble que ce soient les choses mêmes qui provoquent le succès des entreprises – des stratégies focalisées et éprouvées, un leadership assuré, une culture d’entreprise mobilisée, et particulièrement l’interaction de tous ces éléments – qui, lorsqu’elles sont poussées à l’excès, entraînent aussi leur déclin. Des organisations solides et supérieures se transforment en pur- sang dégénérés; d’entreprises au caractère riche, elles deviennent des caricatures, perdant graduellement toute subtilité et toute nuance. Cette tendance générale, ses causes et la façon de la gérer, voilà de quoi cet article traitera.

Beaucoup d’organisations exceptionnelles sont entraînées dans cet élan mortel, dans des trajectoires qui sont de véritables bombes à retardement où les attitudes, les politiques et les événements mènent à une diminution des ventes, à une dégringolade des profits, et même à la faillite. Ces compagnies développent et amplifient les stratégies auxquelles elles attribuent leur succès. L’attention productive accordée aux détails, par exemple, se transforme en obsession pour des vétilles; l’innovation payante se métamorphose en invention gratuite; la croissance mesurée se change en expansion débridée. Par opposition, les activités sur lesquelles on mettait simplement moins d’emphase – parce qu’elles n’étaient pas vues comme essentielles à la recette du succès – sont virtuellement étouffées. Un marketing modeste se détériore en une promotion terne et en une distribution inadéquate; une conception tolérable se dégrade en design de mauvaise qualité. Résultat : les stratégies perdent leur équilibre. Elles se concentrent de plus en plus autour d’une seule force fondamentale qui est amplifiée à l’excès, alors que les autres aspects sont presque complètement oubliés.

Ces changements ne se limitent pas à la stratégie. Les héros qui ont façonné la formule gagnante se voient adulés et investis d’une autorité absolue, tandis que les autres sont relégués au rang de citoyens de troisième classe. Une culture de plus en plus monolithique pousse les firmes à se concentrer sur un ensemble de problèmes toujours plus réduit et à s’engager dans une voie de plus en plus étroite pour réussir. Les relations entre supérieurs et subordonnés, les rôles, les programmes, le processus de prise de décision, même les marchés cibles, tout en vient à refléter et à servir la stratégie centrale, et rien d’autre. L’entreprise se convertit à des crédos et à des idéologies, transformant ses politiques en lois et en rituels rigides. À ce moment, l’apprentissage organisationnel cesse, la vision étroite fait la loi, et la flexibilité est perdue.

J'achète!

Poursuivre votre lecture pour seulement 2,99 $

Je m'abonne!

Accédez à tous les articles en vous abonnant à partir de 3,25$

Ou