À ce jour, quatre générations de Lemaire ont été actives dans Cascades et Boralex, des entreprises que la famille a bâties et qui ont établi sa réputation. Mais pour en arriver là, ses membres ont dû se frayer un chemin en démontrant leur talent. Portrait d’une famille où la gestion s’est étalée sur plusieurs générations.

1- La gestion des affaires d'une génération à l'autre

Faire des affaires en famille peut être une formidable aventure. Dans le cas des Lemaire, chaque génération a inspiré la suivante en lui infusant son savoir, mais sans lui tenir la main ni lui dicter quoi que ce soit. Récit d'une famille à la fois ordinaire et extraordinaire. Simon Lord

À 80 ans, Bernard Lemaire a toujours un peu de folie dans le sang. Le cofondateur de Cascades s’affaire actuellement à rénover sa grange de 120 ans pour y installer son bureau. Il en aura besoin parce qu’il produit aujourd’hui du bœuf Highland. Il est le plus grand producteur dans ce secteur au Canada avec ses 1500 têtes de bétail. C’est un projet qui l’occupe depuis environ cinq ans. Pour s’amuser. « J’ai du plaisir à faire ça, dit Bernard Lemaire. J’aime toujours ça, avoir des défis. Et si, parfois, le travail m’a empêché de dormir, j’ai toujours travaillé en ayant du plaisir. »

Cette philosophie, celle du travail et du plaisir dans les affaires, coule dans les veines de chaque génération de la famille Lemaire. Bernard a présidé Cascades, une multinationale spécialisée dans la fabrication de papier et de carton, durant une trentaine d’années. Il l’a dirigée avec ses deux frères, Alain et Laurent. Richard, son fils aîné, exploite un séchoir à bois alimenté par des échangeurs de chaleur installés dans les usines de papier du groupe Cascades à Kingsey Falls. Son autre fils, Patrick, est depuis dix ans à la tête de Boralex, une autre entreprise associée à la famille, dont la capitalisation boursière dépasse le milliard de dollars.

La fille de Bernard, Sylvie, a quant à elle acheté une division déficitaire de Cascades qui fabriquait des produits d’hygiène féminine pour créer la société Fempro. En 2007, elle l’a vendue pour un profit substantiel, bien qu’elle désire garder confidentiel le montant de la transaction.

La famille Lemaire semble avoir créé une véritable corne d’abondance, mais la genèse de ce succès se trouve dans les ordures. En effet, Antonio Lemaire, le père des trois frères, était éboueur. Mais pas n’importe quel éboueur. C’était un avant-gardiste. « “Ça, c’est encore bon”, disait mon père, raconte Bernard Lemaire. Il parlait des vidanges ! » Bernard, qui a lui aussi été éboueur, en a tiré une leçon : celle de l’importance de la récupération. C’est cette idée qui, en 1964, l’a poussé à relancer, avec son frère Laurent, un vieux moulin situé à Kingsey Falls, donnant ainsi naissance à Papier Cascade.

Toutefois, Antonio, le paternel, n’a jamais voulu être président de l’entreprise, explique Bernard Lemaire. Le patriarche voulait laisser aux enfants la possibilité de lancer leur propre projet. Néanmoins, à défaut de se faire le patron de la famille, il a transmis son optimisme à la génération suivante. « C’était sa force : il disait toujours que ça allait marcher, que tout allait marcher. Il était optimiste, et moi aussi, je le suis », dit Bernard Lemaire, qui a adopté une attitude similaire avec la jeune génération dans la famille. En effet, il a lui aussi donné à ses enfants la chance de voler de leurs propres ailes tout en les conseillant.

Bernard Lemaire explique que ses enfants ont toujours su qu’ils devaient travailler et se débrouiller seuls pour s’établir solidement. « Sylvie, avec les produits pour les femmes, s’est mise à faire des choses que personne n’avait faites. Moi, je ne connaissais rien là-dedans », dit-il.

J'achète!

Poursuivre votre lecture pour seulement 2,99 $

Je m'abonne!

Accédez à tous les articles en vous abonnant à partir de 3,25$

Ou