Article publié dans l'édition Été 2019 de Gestion

Succès de librairie dans le monde anglophone, La Théorie du donut de Kate Raworth s’est imposée comme la représentation visuelle d’un modèle économique alternatif. À ceux qui n’en peuvent plus de l’obsession de la croissance infinie, l’auteure propose un… beignet, bon à la fois pour la dignité humaine et pour notre planète! Démonstration.

 L’économiste britannique Kate Raworth n’est pas un cas isolé.  Son livre relate d’abord les actes de dissidence estudiantins menés dans le monde entier afin de bousculer le « cadre théorique étroit » de l’économie. La crise financière de 2008 a contribué à fédérer ces étudiants autour d’une « révolution de l’économie ».

Après quatre ans d’études, Kate Raworth s’est elle-même éloignée de l’économie telle qu’elle est enseignée. Témoin de la dure réalité africaine, des débats aux Nations unies et des combats d’Oxfam pour l’égalité, elle a pris conscience « des règles truquées et des injustices présentes dans les lois du commerce international » ainsi que des problèmes attribuables aux théories économiques périmées. Elle a alors décidé de revenir à l’étude de l’économie « pour la chambouler ».

L’obsession malsaine de la croissance

Un changement des mentalités doit commencer par une rupture avec la notion dépassée de la croissance infinie du PIB. Crises financières, inégalités extrêmes et destruction de l’environnement témoignent des dysfonctionnements d’un système fondé sur une idée de progrès qui doit à tout prix avoir la forme d’une courbe ascendante. En cause : le processus industriel linéaire et dégénératif qui épuise les ressources naturelles. Prochain cap : élaborer une économie circulaire et régénérative. Selon

Kate Raworth, l’économie de demain doit être inclusive et durable.


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Repenser l’économie au 21e siècle

Comment désapprendre et réapprendre les bases de l’économie ? Il faut :

1- Cesser de viser une hausse constante du PIB pour atteindre un but plus vaste ;

2- Intégrer l’économie dans une vision d’ensemble de la société et de la nature ;

3- Cultiver une image de l’être humain plus riche que son portrait censément égoïste, isolé et calculateur;

4- Concevoir l’économie à partir de la théorie des systèmes (boucles de rétroaction) au lieu du simple croisement des courbes de l’offre et de la demande ;

5- Refuser la fatalité des inégalités et explorer la redistribution de la richesse ;

6- Établir une économie circulaire vouée à la régénération des ressources ;

7- Choisir une économie qui nous permette de nous épanouir.


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Le dessin d’une économie inclusive

L’image du donut est née de la réflexion de l’auteure pour rendre « visible » son mode de pensée. L’anneau du donut représente « un espace juste et sûr pour tous » entre deux cercles concentriques à ne pas dépasser : la frontière des besoins fondamentaux (le plancher) et les limites écologiques (le plafond). Le trou du donut correspond à la fois à la non-satisfaction des besoins essentiels et au non-respect des droits fondamentaux des populations humaines, tandis que l’extérieur du donut représente « la dégradation critique de la planète ». Ce cadre visuel combine dans un seul schéma diverses écoles de pensée, notamment les économies de la complexité, écologiste, féministe, institutionnelle et comportementale.


Source

Raworth, K., La Théorie du donut – L’économie e demain en 7 principes, traduction de Laurent Bury, Paris, Éditions Plon, 2018, 432 pages.