Article publié dans l'édition Printemps 2019 de Gestion

Croissance, croissance durable ou... décroissance ? Alors que la crise écologique ne cesse de s’aggraver et que les inégalités sociales continuent de se creuser, une remise en question fondamentale de nos modèles de société n’est-elle pas nécessaire ? Ne faut-il pas en particulier cesser de viser une croissance économique continue ? Devant l’urgence d’agir, réfléchir à ces questions s’impose de toute évidence. C’est ce à quoi nous invitent les « objecteurs de croissance ».

La notion de « décroissance soutenable » ou « conviviale » est apparue en 2002 en France1. Il ne s’agissait alors ni d’un concept théorique ni d’un programme politique mais d’un slogan provocateur, lancé contre l’idée selon laquelle la croissance économique serait une condition nécessaire au progrès et au bonheur de l’humanité. Ce slogan a fait mouche et on peut aujourd’hui parler d’un mouvement politique transnational dont le principal mot d’ordre se formule ainsi : la quête de croissance économique est à la source des crises écologiques, sociales et politiques qui frappent notre civilisation. Nous devons donc collectivement y renoncer avant de subir les conséquences d’une décroissance imposée par la destruction accélérée de ce qui rend possible la vie humaine sur la Terre.

Une croissance dévastatrice, injuste et aliénante

S’il est essentiel de juguler la course à la croissance, il ne s’agit pas d’une fin en soi mais d’un préalable pour tenter d’inventer des collectivités humaines plus soutenables, plus justes et plus démocratiques. En effet, le problème de cette fuite en avant n’est pas seulement qu’elle est destructrice sur le plan écologique. Elle s’avère aussi profondément injuste en ce qu’elle tend à se traduire par un creusement des inégalités entre les êtres humains, comme l’a notamment montré l’économiste français Thomas Piketty dans son maître ouvrage2 et comme en atteste par exemple ce récent rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qui se concluait ainsi : « Le monde est plus inégalitaire aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été depuis la Deuxième Guerre mondiale3. »

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