Compte tenu du nouveau paradigme énergétique faible en carbone qui s'impose peu à peu dans le monde entier, toutes les entreprises devront transformer leur conception de la productivité et du rôle de l'énergie si elles veulent demeurer concurrentielles dans leurs secteurs d'activité respectifs.

Au cours des deux derniers siècles, l’accès à des sources d’énergie comme le charbon, le pétrole, le gaz naturel et l’hydroélectricité a permis un essor sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Voilà qui n’est pas étonnant : au sens strictement scientifique, l’énergie se définit comme la capacité à effectuer un travail. Cette adéquation se constate notamment par le rapport entre la croissance du PIB et la hausse de la consommation d’énergie (voir le graphique ci- dessous). En améliorant les techniques de production, de transport et d’utilisation de ces sources d’énergie, les êtres humains se sont dotés d’une capacité de travail exceptionnelle qui s’est traduite notamment par l’augmentation de leur productivité. Certains auteurs1 avancent même l’idée selon laquelle l’esclavage aurait été aboli dans plusieurs sociétés non pas au nom du respect fondamental des droits de la personne mais bien, plus prosaïquement, parce que des sources énergétiques plus efficaces sont devenues accessibles. D’abord mues par du charbon puis par des produits pétroliers et par du gaz naturel, les premières machines à vapeur ont progressivement entraîné le phénomène de la mécanisation manufacturière et industrielle à l’échelle planétaire.

De nos jours, si l’énergie demeure invisible – on ne voit jamais le pétrole et ses produits dérivés, pas plus que le gaz naturel ou l’électricité –, elle se trouve au cœur de toutes nos activités économiques. Ainsi, aucune entreprise moderne ne pourrait fonctionner sans alimentation électrique. Sans gaz naturel ni pétrole, les usines seraient paralysées et l’immense majorité des véhicules seraient condamnés à l’immobilité. Toutefois, notre penchant naturel à faire fi des enjeux énergétiques ne signifie pas que ces questions soient secondaires, bien au contraire. Tout comme nous ne nous soucions guère de notre système sanguin au jour le jour, nous avons trop peu conscience de l’importance des systèmes énergétiques qui nous entourent. Or, ce sont des éléments centraux de nos conditions matérielles d’existence.

Pour les entreprises, la question se pose donc ainsi : à court terme, la compréhension fine et la gestion efficace des enjeux énergétiques leur permettront d’optimiser leur productivité ; à plus long terme, elles pourront mieux gérer les risques liés aux transformations du marché de l’énergie partout dans le monde.

Optimiser performance et productivité

La consommation d’énergie sert avant tout à transformer : un endroit trop froid ou trop chaud devient confortable, un minerai trouvé en faible concentration dans la nature est raffiné et fusionné en métal utile, un stock de biens est organisé et distribué de façon efficace pour être vendu. Toutes les étapes des processus de transformation requièrent des ressources humaines, matérielles et énergétiques dont l’usage peut être optimisé. Un des facteurs clés de la croissance économique est la productivité des entreprises, c’est-à-dire leur capacité à créer davantage de valeur avec autant (ou moins) de ressources. Or, de manière générale, l’économie canadienne n’est pas reconnue pour sa grande productivité énergétique : elle a besoin de plus d’énergie pour produire l’équivalent d’un dollar en richesse comparativement à d’autres économies sur la planète. L’exemple suivant est éloquent à cet égard : alors qu’un gigajoule2 (GJ) d’énergie permettait de créer 70 $ de valeur ajoutée dans le secteur manufacturier canadien en 2016, il pouvait générer une valeur de 280 $ en Allemagne et de 193 $ au Japon. Le Canada est ainsi le pays dont la productivité énergétique est la plus faible parmi tous les États membres de l’OCDE (voir l’encadré ci- dessous). Dans le secteur des services, moins influencé par la structure industrielle d’un pays (où certains secteurs d’activité très énergivores peuvent avoir un effet à la hausse sur le résultat global), le constat est similaire. On voit donc qu’avec la même quantité d’énergie, certaines économies nationales créent beaucoup plus de richesse que d’autres.

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