Bouillonnante d’énergie, généreuse et visionnaire, Nathalie Bondil va droit devant, ouvrant de nouvelles avenues aux côtés d’une équipe qui l’appuie avec enthousiasme. Assoiffée de projets et de connaissance, cette véritable chef d’expédition du MBAM crée des ponts et tisse des liens entre les disciplines et les communautés pour parvenir à une meilleure compréhension de ce qui nous entoure. « Parler de l’art, dit-elle, c’est parler du monde. »

2007, année charnière : Nathalie Bondil, déjà conservatrice en chef au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) depuis 1999, est nommée à la tête de l’organisation. Dès lors, l’institution muséale dépasse les frontières des idées reçues et multiplie les succès : records d’affluence – plus d’un million de visiteurs en 2014 et 2015, adhésion décuplée des membres, expositions étonnantes qui ouvrent les portes du musée à la mode, à la musique et, bientôt, à la science tout en voyageant allégrement sur la scène internationale. Mais qui est la femme derrière ces immenses succès ?

Les rêves d’une enfant curieuse

Née à Barcelone de parents originaires du sud de la France, Nathalie Bondil a vécu une partie de son enfance au Maroc. On pourrait croire qu’avec un sang méditerranéen d’une telle densité, elle aurait été une enfant bouillonnante ! Et pourtant, cadette d’une fratrie de quatre enfants, elle écoute beaucoup et se plaît à observer ses aînés. La petite est aussi collectionneuse de gommes à effacer et autres trésors miniatures parce qu’elle a déjà compris que les objets racontent des histoires. Fillette curieuse et solitaire, elle plonge dans les imaginaires de Jules Verne et d’Homère : Vingt mille lieues sous les mers et L’Odyssée, entre autres, nourrissent ses rêves de découvertes. Encore aujourd’hui, la directrice du MBAM entretient une véritable fascination pour les récits d’exploration maritime, les histoires d’alpinisme et les odyssées spatiales. Elle évoque des personnages plus ou moins lointains mais qui ont marqué l’histoire en raison de leurs aventures hors du commun, notamment Bernard Voyer, Roald Amundsen et Reinhold Messner. « Je suis impressionnée par la dimension philosophique et humaine de cette quête menée par des êtres qui dépassent leurs limites. J’ai été ravie lorsque j’ai rencontré l’astronaute Julie Payette : elle est comme une fée tombée des étoiles », confie-t-elle simplement.

Nathalie Bondil a également été marquée par une enfance remplie de voyages, son père se déplaçant régulièrement pour son travail. Comme elle le raconte, l’homme est un self-made man, banquier passionné par son métier. « C’était un grand travailleur, et il nous a transmis cette valeur forte de l’effort dans le travail, pas dans un sens carriériste mais plutôt comme voie d’épanouissement : travailler fort dans une idée d’indépendance et de créativité. » Ces principes feront émerger un esprit rebelle chez la jeune adulte, qui décide de ne pas poursuivre ses études supérieures, au grand désespoir de son paternel. Elle explore alors, pendant un certain temps, l’univers du cinéma : « Je m’étais trouvé un boulot en pré- et postproduction. Je faisais du montage, et ce travail avec l’image devait me servir. J’a-do-re raconter des histoires, articuler des concepts présentés sous une forme esthétique pour apporter un contenu intellectuel », raconte-t-elle, aujourd’hui immergée dans ce macrocosme muséal dont elle ouvre grand les portes sur un horizon résolument humaniste.

Mais pour en arriver là, elle doit retourner sur les bancs d’école. Foncièrement intéressée par l’anthropologie, la géographie, l’histoire et les civilisations, bref, par tout ce qui concerne l’être humain, elle se tourne alors vers les arts, parce qu’ils stimulent sa sensibilité visuelle. « Les arts sont pour moi non pas une passion exclusive ou une vocation mais une manière de comprendre le monde d’une autre façon. Ils nous apprennent à regarder dans un rapport très émotionnel », explique-t-elle. Elle obtient donc un diplôme en histoire de l’art à l’École du Louvre et réussit le concours de l’Institut national du patrimoine de Paris. Devenue membre du corps des conservateurs du patrimoine d’État, elle fait ses premières expériences au Musée des monuments français à Paris.

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