Nous vivons au Québec avec la douce illusion que nous sommes, au sein de l'ensemble canadien, les plus verts qui soient. Cette impression est-elle confirmée dans les faits ?

Certes, des efforts significatifs ont été réalisés au cours des dernières années afin de faire de la Belle Province un leader en matière de respect de l'environnement et d'utilisation des énergies vertes. Tel qu'illustré dans notre infographie « Les énergies vertes, sommes-nous sur la bonne voie ? » publiée dans l'édtion Automne 2016 de Gestion, le Canada et le Québec ne sont pas l'Islande, mais ils ne sont pas non plus en queue de peloton quant à l'utilisation des énergies non polluantes.

Là où le bât blesse...

« Mais nous avons encore bien des efforts à faire », a dit en substance le professeur Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire au Département de sciences de la décision (HEC Montréal)Ce dernier présentait en effet, le 8 septembre 2016, les grandes lignes du rapport Portrait global de l'efficacité énergétique en entreprise au Québec, produit conjointement par la Chaire de gestion du secteur de l'énergie, dont il est le titulaire, et le Pôle E3 (expertise en énergie et en environnement), tous deux de HEC Montréal. Si nous devons poursuivre individuellement nos efforts pour un monde plus vert et énergétiquement plus efficace et plus efficient, le gros du travail est surtout à faire au chapitre des entreprises.

De fait, deux-tiers de l'énergie consommée au Québec est le fait de l'industrie, des commerces et des acteurs institutionnels : « Si le Québec veut atteindre ses objectifs en matière de consommation d'énergie et de réduction des gaz à effet de serre, ça va être dans les entreprises qu'il va falloir relever le défi », a d'emblée prévenu l'expert. L'industrie (36 % de la consommation d'énergie totale au Québec), le transport commercial (16 %) et les bâtiments commerciaux et institutionnels (9 %) sont les trois secteurs qui sont à cibler afin de contrôler et, surtout, de réduire notre demande énergétique.

Un paradoxe troublant

Mais encore faudrait-il s'assurer que toute cette consommation énergétique rapporte vraiment et contribue à accroître la richesse collective. À cet égard, le portrait brossé par Pierre-Olivier Pineau renvoie un constat pour le moins contrasté. Car en termes de productivité énergétique, le Québec a encore beaucoup de pain sur la planche : « Nous sommes, au Québec et au Canada, éminemment improductifs dans notre consommation d'énergie. Il y a des manières d'être beaucoup plus productifs! », indique Pierre-Olivier Pineau. De fait, par exemple, le secteur commercial et institutionnel, un très gros contributeur au PIB québécois, consomme relativement peu d'énergie. C'est une bonne chose. À l'inverse, les secteurs de l'industrie et du transport commercial sont les plus énergivores, mais ils contribuent beaucoup plus modestement à la richesse collective.Et c'est là, indique le professeur Pineau, où les efforts doivent prioritairement porter.


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Des solutions, rapidement !

À ce jour, nous dit l'expert, la province n'a rempli que 37 % de ses engagements, tels qu'énoncés dans sa Stratégie énergétique du Québec 2006-2015. Que doit-on collectivement faire afin d'atteindre ces cibles d'ici la fin de la décennie? Pour Pierre-Olivier Pineau, le nombre impressionnant d'acteurs responsables dans le dossier, complexe il va de soi, de l'efficacité énergétique n'aide en rien. La question de la gouvernance constitue donc un important noeud que le gouvernement du Québec, tel qu'indiqué dans sa nouvelle politique énergétique, entend par ailleurs dénouer avec la création de Transition énergétique Québec, dont l'un des mandats sera d'intégrer cette gouvernance diversifiée à l'heure actuelle.

D'autre part, et toujours dans la perspective de l'atteinte des cibles en matière de consommation énergétique, le secteur du transport de marchandises et de voyageurs doit être dans la ligne de mire de tous les acteurs concernés : « C'est le secteur le plus énergivore, qui consomme l'énergie la plus coûteuse et qui a, de loin, la plus grande empreinte carbone », révèle le rapport de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie¹. Et finalement, souligne Pierre-Olivier Pineau, l'approche de la productivité énergétique (produire plus avec moins d'énergie) doit aussi être priorisée. À ce titre, la récolte et le traitement de l'information par les entreprises concernées par la réduction de leur empreinte énergétique doit permettre de mieux comprendre la situation et de mieux coordonner les efforts en ce sens. Nous sommes à l'ère des mégadonnées, après tout !