Quand un professeur de gestion est appelé à assumer une fonction de direction, il éprouve une anxiété bien particulière. «Ceux qui savent, font; ceux qui ne savent pas, enseignent», lui a-t-on maintes fois répété au cours de sa carrière.

Fort de ses études poussées, de ses habiletés pédagogiques et de la légitimité que lui confère l’institution de haut savoir qui l’a recruté, il a pendant des années enseigné aux autres comment bien gérer. Faisant confiance à son bon jugement et, dans les meilleurs des cas, à ses observations régulières des pratiques des gestionnaires, il a formulé et donné à sa façon des cours qui lui paraissaient particulièrement adéquats pour former des gestionnaires de qualité. Puis un jour, sonne l’heure de vérité, du moins l’heure d’une certaine vérité...

Cette situation fut la mienne, lorsqu’au printemps 1985, j’acceptai le poste de directrice des programmes à l’École des Hautes Études Commerciales de Montréal où j’enseignais le management et le leadership depuis de nombreuses années. Cette fonction, créée au moment de ma nomination, devait chapeauter les directions de programmes spécifiques qui demeuraient toujours en place et impliquait la responsabilité hiérarchique du bureau du registraire, du recrutement des étudiants et de la recherche institutionnelle, d’autres mandats allant s’y ajouter plus tard.


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En plus des inquiétudes qui accompagnent normalement l’entrée dans une nouvelle fonction, une question angoissante m’habitait : mes longues études en gestion et mon enseignement de la gestion allaient-ils m’être d’une quelconque utilité pour bien assumer mon rôle de direction? S’il me paraissait évident qu’à la lumière de mon expérience de gestion, j’allais enrichir mon enseignement ultérieur en accordant plus d’importance à tel aspect plutôt qu’à tel autre ou en ajoutant de nouvelles considérations dans l’analyse de telle ou telle problématique, je n’avais pourtant pas le goût de constater que ce qui avait donné un sens à ma vie professionnelle pendant si longtemps ne se révélât in vivo que phrases creuses et propos débranchés et qu’en conséquence, je ne puisse plus entrer en classe la tête haute.

Mais je me devais d’être honnête. L’expérience que j’allais vivre, toute modeste, singulière et subjective qu’elle fût, me plaçait à un carrefour privilégié où la théorie, l’enseignement et la pratique de la direction pouvaient se rencontrer intimement. Il me fallait en profiter pour réfléchir à l’apprentissage des habiletés de direction et c’est ce que j’ai tenté de faire, moins pendant les six années où j’ai pratiqué la gestion – l’action ne laissant, on le sait, que peu de place à la méditation – que pendant l’année qui a suivi, année au cours de laquelle j’ai préparé mon retour à l’enseignement.

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