Article publié dans l'édition Eté 2014 de Gestion

S’il est aujourd’hui possible de travailler n’importe où, n’importe quand, grâce aux technologies mobiles, cette recherche qualitative menée auprès d’une vingtaine de cadres et de professionnels québécois montre que ces derniers ont des attitudes ambivalentes en la matière.

En effet, d’un côté, ils sont soucieux de ne pas laisser le travail envahir leur vie personnelle ; d’un autre côté, ils aimeraient profiter pleinement de la flexibilité offerte par les technologies mobiles, mais celle-ci n’est pas toujours permise par l’organisation du travail.

Les technologies mobiles (comme le téléphone intelligent) permettent aujourd’hui de travailler n’importe où, n’importe quand1, ce qui peut avoir pour effet que le travail déborde sur la vie personnelle. Si certains s’inquiètent du fait de devoir être disponibles jour et nuit pour le travail2, d’autres voient dans les technologies de l’information et de la communication (TIC) de nouvelles possibilités pour une plus grande flexibilité dans l’organisation du travail3.


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Encore peu de recherches au Québec se sont penchées sur la réorganisation des temps et des espaces de travail consécutive à la généralisation des TIC : travail à la maison, le soir, les fins de semaine, pendant les vacances, etc. L’objectif de cette recherche, menée auprès de cadres et de professionnels québécois œuvrant dans différents secteurs d’activité, est de mieux comprendre ce phénomène.

En premier lieu, nos résultats montrent en quoi le travail se redéploye – dans une certaine mesure – dans de nouveaux espaces et temps, notamment à la maison. En second lieu, ils mettent en lumière la dualité des attitudes des participants à l’égard des technologies mobiles et du travail à la maison. D’un côté, la plupart se méfient d’un envahissement incontrôlé du travail dans leur vie personnelle. D’un autre côté, beaucoup souhaiteraient profiter pleinement des possibilités offertes par les technologies mobiles, mais ils se heurtent souvent à des contraintes de nature organisationnelle.

Technologies mobiles et temps et espaces de travail nouveaux

Les cadres et les professionnels ont plus que les autres travailleurs accès à un ordinateur portable, à un téléphone intelligent ou à Internet4. Ces équipements les rendent plus enclins à vivre un certain débordement du travail sur leur temps personnel5. À titre d’exemple, une étude française révèle que la moitié des cadres interrogés travaillent au moins une heure par semaine à domicile ou dans les transports, et que cette tendance connaîtrait une nette augmentation depuis 20 ans6.

Si le travail à domicile n’est pas une nouveauté en soi, la généralisation des technologies mobiles a certainement contribué à amplifier ce phénomène. Malgré une évolution indéniable, la figure du professionnel « nomade » connecté en permanence et qui travaille n’importe où, n’importe quand, doit être nuancée. En effet, la plupart des cadres et des professionnels travaillent encore principalement dans les locaux de leur employeur7.

Les recherches réalisées ces dernières années ont mis en évidence les effets contrastés des technologies mobiles en matière de flexibilité des temps et des lieux de travail. L’usage de ces technologies serait à la fois fonctionnel, c’est-à-dire qu’il offre de nouvelles possibilités d’émancipation aux personnes désireuses d’avoir plus de liberté dans l’organisation de leur travail, et dysfonctionnel, c’est-à-dire qu’il est à la source d’un envahissement du travail dans la vie personnelle8.

Par exemple, le travail à la maison, permis par les technologies mobiles, représente une solution utile pour limiter le temps de transport, le temps passé au bureau, les interruptions dans le travail ou la conciliation des obligations professionnelles et familiales9. Cependant, le travail à la maison est aussi souvent synonyme d’une charge de travail trop importante pour être réalisée dans les heures normales de bureau10.

Dans ce contexte, cette recherche vise à mieux comprendre pourquoi et comment le travail se redéploye dans de nouveaux espaces et temps, en particulier grâce à l’usage de technologies mobiles. Nous interrogeons aussi les attitudes des cadres et des professionnels à l’égard de ces technologies et du travail à la maison : jugent-ils leur usage fonctionnel ou dysfonctionnel, ou les deux à la fois ?

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