Tout va si vite! Prenons le temps de constater ce qui se passe entre les quatre murs de nos organisations!

D'un côté, on peut voir la chose d'un œil un tantinet sceptique. Est-ce que la pleine conscience (mindfulness) serait, une fois de plus, l'une de ces modes managériales qui débarquent de manière périodique sur le plancher de nos entreprises et de nos organisations? D'un autre côté, lorsque des entreprises aussi gigantesques et sérieuses que Google, Aetna, Intel, General Mills ou Target, de même que des universités de prestige telles Oxford avec son Mindfulness Center, mettent en place des programmes basés sur la pleine conscience, il y a lieu de s'intéresser à la chose...

Pleine conscience?

Commençons tout d'abord par bien définir ce qu'est la pleine conscience. Il n'y aurait sans doute meilleure personne que la psychologue Ellen Langer pour décrire ce qu'est la pleine conscience. Dans une entrevue accordée au magazine Forbes (lire le compte rendu de Sebastian Bailey intitulé « The Huge Value Of Mindfulness At Work: An Interview With Ellen Langer »), celle qui a contribué, de par ses recherches et ses conférences, à populariser le concept depuis un quart de siècle indique que la voie de la pleine conscience s'emprunte en observant de nouvelles choses dans son environnement (« [...] you can engage in noticing new things ») et en faisant la paix avec l'incertitude qui nous entoure (« [...]  learning the importance of uncertainty and understanding the power in uncertainty »). Bref. la pleine conscience est un état d'esprit, une attitude, qui fait en sorte d'être attentif aux choses, aux événements, aux personnes qui nous entourent et de ne pas réagir instinctivement et rapidement à ce qui surgit dans l'environnement. Voilà, en simplifiant grossièrement, les pierres angulaires de la pleine conscience.

Le stress, cet implacable ennemi

La cible première de la pleine conscience, au delà du sentiment de bien-être qu'elle peut apporter à ceux qui la pratiquent, c'est la lutte quotidienne contre le rythme effréné de nos vies, notamment dans la sphère professionnelle. On le constate aisément, le multitasking est devenu, par la force des choses, une norme implicite dans bien des milieux de travail et nous sommes constamment sollicités ou distraits au travail. La professeure Gloria Mark, de l'Université de Californie à Irvine, a calculé que les travailleurs sont interrompus en moyenne à toutes les trois minutes par un humain ou un ordinateur, et que ces derniers visitent Facebook vingt-et-une fois par jours et vérifient leurs courriels à soixante-quatorze reprises durant la journée. Difficile de demeurer concentré et productif dans un tel contexte!

Des terrains d'expérimentation concluants

Que peut-on espérer de la présence et de l'application de la pleine conscience dans nos entreprises et nos organisations? Évidemment, une meilleure performance. Car à rouler à 200 kilomètres/heure, les chances de déraper ou de sortir carrément de route sont plus grandes. Que celui qui n'en n'a pas échappé une (rendez-vous oublié, échéance dépassée, etc.) dernièrement lève la main! Ce que la pleine conscience permet donc, entre autres, c'est d'accroître la sensibilité de la personne aux véritables priorités du moment et de faire en sorte que cette personne puisse consacrer toute son énergie à ces mêmes priorités, sans distraction aucune, sans stress.

Et ça semble fonctionner! Comme le souligne Jeanne Meister, toujours sur le site de Forbes (lire son article « Future Of Work : Mindfulness As A Leadership Practice »), bon nombre d'entreprises y ont trouvé leur compte. Par exemple...

  • L'assureur médical Aetna a offert des séances de pleine conscience à ses employés. Plus du quart des quelque 50 000 employés y ont pris part. Aetna a constaté chez ces derniers une diminution du niveau de stress de 28 %, un accroissement de la qualité du sommeil de 20 % et une réduction de la douleur de 19 %;
  • Sur une échelle de dix points, 1 500 travailleurs du fabricant de microprocesseurs Intel ont déclaré avoir connu, au terme des dix-neuf sessions consacrées à la pleine conscience, une baisse de deux points du niveau de stress, une hausse de deux points de leur esprit créatif et un bond de trois points de leur seuil de bonheur général.

Puisant à même la philosophie bouddhiste, la pleine conscience nous enseigne surtout de revenir à l'essentiel, ce qui ne va pas sans nous rappeler au passage à quel point nous vivons dans un monde artificiel, qui s'éloigne de notre nature profonde...