2015 fut l'année de la licorne, 2016 sera celle de la blatte!

On ne m'en voudra pas de ne pas avoir placé en tête d'article une image de cet insecte nuisible qu'est la blatte (que l'on nomme « coquerelle » au Québec), question de ne pas faire fuir le lecteur ou la lectrice au cœur sensible! Toutefois, si la licorne possède, à l'inverse, une bien meilleure image dans l'imaginaire collectif, la blatte quant à elle, possède un intérêt économique certain, s'il faut en croire Oscar Williams-Grut, dans son article « Forget unicorns — investors are looking for 'cockroach' startups now », publié sur le site Internet de Business Insider.

Flamboyantes licornes

Les dix licornes les plus importantesAu cours de l'année précédente, les investisseurs n'en avaient que pour les licornes (unicorns, en anglais), ces start-ups technologiques dont la capitalisation s'élève à un milliard de dollars et plus. Selon le site CB Insights, ces licornes seraient au nombre de 157 à l'heure actuelle, avec une capitalisation totale de 556 milliards de dollars, soit une moyenne d'environ 3,5 milliards de dollars par entreprise. Essentiellement propulsées par le soutien financier des investisseurs en capital de risque (venture capitalists), les licornes sont également caractérisées par une faible profitabilité au départ, l'essentiel étant d'atteindre d'abord et avant tout une taille significative et de s'imposer en termes de parts de marché. Les profits suivront bien par la suite...

Aussi féeriques puissent-elles paraître, les licornes comportent toutefois certaines faiblesses qui en font aujourd'hui des bêtes beaucoup moins recherchées en cette année 2016. D'une part, leur capitalisation leur donne une aura de richesse et d'opulence, mais cette dernière repose, de manière générale, sur bien peu d'actifs tangibles, et surtout sur une montagne d'espoirs de profits à venir. Est-ce assez pour justifier de telles capitalisations? Poser la question, c'est y répondre un peu... D'autre part, ces entreprises ont bénéficié de la relative disponibilité des fonds en capital de risque en 2015, ceux-ci s'avérant de meilleurs placements en raison des taux d'intérêts relativement peu élevés et d'un marché boursier peu performant. Mais les sommes ainsi récoltées n'auraient ainsi pas servi à grand-chose, aux dires des observateurs, sinon d'accroître davantage la taille de l'entreprise : « It's just trying to grow as quickly as you can without looking at the fundamentals of the house» dira un investisseur, cité par Oscar Williams-Grut dans l'article ci-haut mentionné.

Modestes blattes

Inquiétudes, donc, qui justifient, en cette année 2016, l'intérêt de plus en plus grand des marchés financiers pour les blattes (cockroaches, en anglais), ces entreprises plus frugales et modestes dans leur approche générale du marché. Les blattes sont des bestioles résistantes et résilientes (on le sait trop bien!), qui peuvent survivre sans problème à un holocauste nucléaire. Ces entreprises à qui on les compare se caractérisent davantage par un développement progressif, un intérêt soutenu à la fois pour les revenus et surtout les dépenses, et qui n'hésitent pas à mettre des provisions de côté en vue des années de vache maigre. Somme toute, il s'agit donc d'entreprises qui sont en mesure, tout comme la bestiole maudite, de survivre à la plupart des cataclysmes, financiers s'entend... Un modèle d'économie de fonds et de moyens, et qui envoie aux marchés et aux financiers un signal de réalisme qui semble trouver un écho favorable chez ces derniers, alors que le financement par capital de risque connaît une certaine contraction par rapport à l'an dernier.


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Les difficultés récemment évoquées pour certaines de ces licornes tendent à actuellement donner raison à ceux qui redoutent le pire pour ces entreprises probablement sur-capitalisées. Reste à voir si ces dernières sauront sortir d'elles-mêmes du rêve et retomber au ras du sol. À défaut de quoi la chute pourrait être brutale...