Veni, vidi, vici pour le fondateur de Facebook?

Le très respectable magazine britannique The Economist n'y est pas allé par quatre chemins avec la une de son numéro 8984 (9 avril au 15 avril 2016). Le jeune trentenaire Mark Zuckerberg serait-il en voie de faire de Facebook, le réseau social le plus important du globe, un véritable empire? La question se pose, et mérite réflexion...

Certes, les empires politiques sont loin d'être légion aujourd'hui (appréciez le jeu de mot avec l'exemple romain!), mais les empires économiques, quant à eux, sont bien réels et, à ce titre, cochent à bien des caractéristiques relatives à la définition même d'empire¹. Et certains signes ne trompent pas...

Les conquêtes ne sont plus territoriales, elles sont aujourd'hui virtuelles; l'or, l'argent et les épices, jadis objets de convoitise, ont cédé le pas à une ressource de plus en plus rare et précieuse, le temps d'attention du consommateur. À ce titre, la poussée de Facebook, vieille d'à peine douze ans, est phénoménale. Tel que mentionné dans le même numéro de The Economist (lire « Imperial ambitions »), le réseau social compte dans ses rangs 1,6 milliard d'utilisateurs mensuels (21,7 % des quelque 7,4 milliards de Terriens!), et un milliard de ceux-ci passent quotidiennement en moyenne vingt minutes par jour sur la plateforme. En capturant des parts de plus en plus importantes de l'attention et de l'agenda des particuliers et consommateurs, Facebook engrange les richesses à un rythme effréné. Richesses informationnelles, s'il faut en croire The Economist, qui affirme que Facebook est l'organisation qui possède le plus de données dans l'histoire du capitalisme; richesses financières, enfin, l'entreprise ayant multiplié ses revenus par un facteur de 64 depuis l'année 2008, pour effleurer la barre des 18 milliards de dollars. Et ce n'est pas fini...

Car pour survivre et prospérer, un empire doit conquérir! Mark Zuckerberg n'entend certes pas répéter la politique de l'empereur Hadrien (76-138) qui, en ordonnant l'érection du célèbre mur qui porte nom, à la frontière de l'Écosse et de l'Angleterre, sonna de facto l'arrêt de l'expansionnisme romain et, selon certains, l'amorce du déclin de l'empire. Pas question de se retrancher derrière ses fortifications! Le PDG Zuckerberg voit loin et grand. Le futur de Facebook, rapporte The Economist (lire « How to win friends and influence people ») passe désormais par les applications de messagerie instantanée (Facebook possède Messenger et WhatsApp), l'intelligence artificielle et la réalité virtuelle. Mais ce futur, aux contours flous, reste encore incertain. Beaucoup plus tangible, toutefois, est l'intérêt de Facebook pour la conquête de nouveaux marchés, ou plus précisément de nouveaux segments de marché. Car dans sa volonté de donner aux gens le pouvoir de partager et de faire de la planète un endroit plus ouvert et connecté², Facebook s'est lancée dans la conquête des pays en voie de développement par l'entremise d'une version plus « légère » de sa plateforme et d'une armée de drones. L'engin en question, dont le nom de code est Aquila (voir la vidéo en tête d'article) sera alimenté par l'énergie solaire et cherchera à rendre l'Internet accessible aux pays ou aux régions pauvres en infrastructures de télécommunications en relayant le signal Internet par laser vers le sol.

Difficile de prédire ce qu'il adviendra de l'empire Facebook. L'Histoire nous révèle que tous les empires finissent par tôt ou tard imploser, quand ils ne sont pas tout simplement avalés par un empire plus imposant. Seul Google pourrait prétendre à l'heure actuelle à une telle stature...

¹ L'historien Jean Tulard, dans son ouvrage Les Empires occidentaux de Rome à Berlin, identifie cinq caractéristiques propres aux empires, à savoir (1) une volonté d'expansion, (2) une organisation centralisée, (3) des populations réunies au sein d'un cadre politique [changez pour « économique »] et fiscal unifié, (4) la croyance en sa supériorité et (5) un début et une fin chronologiquement bien identifiés. (source : Wikipédia)

² Traduction libre de l'énoncé de mission de l'entreprise : « Facebook’s mission is to give people the power to share and make the world more open and connected. » (site Internet de Facebook)