La pandémie due à la COVID-19 et la situation de confinement ont pris le pas sur les réticences qu’avaient certains employeurs, et même certains employés, face au télétravail. Toutefois, quand la vie reprendra son cours normal, quelle place prendra le travail à domicile au sein de chaque entreprise?

Même si la pratique prenait de l’ampleur avant la pandémie, bien des entreprises hésitaient encore avant d’accorder à leurs employés la possibilité d’effectuer du télétravail. La situation de confinement a néanmoins contraint plusieurs employeurs à mettre en place la forme de télétravail la plus répandue : le travail à domicile.

Pour préserver leurs activités, en totalité ou en partie, 38,7 % de l’ensemble des entreprises du Québec ont déclaré avoir accordé le travail à domicile à leurs employés tous les jours de la semaine dès le mois de mars 2020. Le recours au télétravail à temps plein a alors connu un bond considérable puisqu’en février 2020, seulement 4 % des entreprises québécoises l’accordaient à certains de leurs employés1.

En un mois seulement, la mise en place du travail à domicile au Québec a donc été multipliée par 10. Le phénomène est similaire à l’échelle du Canada, où moins de 6 % des entreprises accordaient à leurs employés la possibilité de faire du travail à domicile à temps plein en février 2020, contre 18,4 % depuis fin mars 20202.

Les avantages du télétravail

En accordant à leurs employés le droit de travailler à domicile, les entreprises leur offrent la possibilité d’une meilleure conciliation travail-famille. Elles obtiennent une image de modernité et une réputation d’employeurs de choix.

Les télétravailleurs sont moins souvent interrompus, possèdent une meilleure concentration et vivent moins de stress. Leurs conditions de travail facilitent le plein accomplissement de leurs tâches dans des délais réduits et maximisent leur rendement et la qualité du travail réalisé.

Tout ceci accroît aussi, au final, la performance globale de l’entreprise.

Les réticences des employeurs

Certaines entreprises peuvent voir dans l’octroi du travail à domicile une opportunité de réduire leurs coûts de fonctionnement. Par exemple, elles n’ont plus besoin de louer de bureaux ou elles peuvent opter pour des locaux plus petits. Elles diminuent aussi leurs dépenses énergétiques, etc.

Le télétravail permet également d’éviter les retards, réduit les absences et les arrêts de travail pour maladie et accidents sur la route entre la maison et le bureau.  

Malgré ses avantages, bien des entreprises ont des réticences face au télétravail, ce qui a eu pour effet de ralentir sa mise en place.

  • Sur le plan organisationnel, les entreprises craignent de perdre la confidentialité de leurs données.
  • Sur le plan de la relation de travail, certains gestionnaires sont réfractaires à l’idée d’encadrer leurs équipes à distance.
  • Sur le plan psychologique, les employeurs hésitent à remettre en cause les pratiques et les relations de travail traditionnelles.
  • Sur le plan de la négociation collective, les entreprises craignent une perte d’équité de traitement entre employés devant le télétravail. Par exemple, à qui l’accorde-t-on et à qui le refuse-t-on? Quelles seront les balises et qui les détermineront?

Les risques pour les travailleurs

Le travail à domicile comporte certains risques pour les employés, comme l’isolement, une confusion entre leur vie personnelle et leur vie professionnelle ou une intensification du travail.

Certains employés peuvent s’imposer une pression supplémentaire pour prouver aux autres (gestionnaires et collègues qui n’effectuent pas de télétravail) que travailler à la maison est une réelle activité. Ils peuvent être tentés d’en faire plus, alors que le télétravail a pour but de faire mieux.

Les télétravailleurs peuvent avoir tendance à s’accorder peu de temps de pause et à effectuer des tâches même au-delà des horaires requis. Cette situation entraîne souvent une détérioration de leur santé physique et mentale, allant jusqu’à l’épuisement et la dépression. Le rendement des travailleurs peut en être affecté et les risques d’arrêt de travail augmentent d’autant, ce qui, à terme, peut nuire à l’entreprise.

C’est pour ces raisons que les employeurs doivent mener une réflexion concertée avant de décider de la mise en place du travail à domicile. La situation pandémique a rendu nécessaire un recours rapide à cette pratique. Il fallait agir vite pour éviter la propagation de la COVID-19. Le but était de maintenir, en totalité ou en partie, les activités économiques et de sauvegarder une majorité d’emplois.

La période de déconfinement pourrait être un temps opportun pour que les entreprises puissent mieux encadrer le travail à domicile afin que cette pratique perdure dans le temps.

Un exemple à suivre : Bibliothèque et Archives Canada

Le travail à domicile permet d’obtenir des résultats probants si les entreprises se donnent les moyens, en amont, de réfléchir à sa mise en place. Outre le fait d’associer à cette prise de décision l’ensemble des acteurs (haute direction, gestionnaires, syndicats, experts et employés), il est nécessaire de structurer son recours par un certain formalisme.

Bibliothèque et Archives Canada compte parmi les organisations les plus avancées quant à la mise en place du travail à domicile. Avant de l’accorder à ses employés, cette organisation s’assure que la demande soit réalisable sur le plan opérationnel. Le métier et les tâches doivent être «télétravaillables ».

Cet employeur vérifie aussi l’autonomie de l’employé dans le travail, son rendement actuel et sa présence à la maison. Il s’assure également que l’employé possède, à son domicile, un lieu propice au travail. Cet endroit doit respecter la dimension technique (haut débit et protection des données) et toutes les normes en matière de santé et de sécurité.

Lorsque toutes les mesures sont mises en place, une entente d’une durée limitée est alors conclue entre l’employé et son gestionnaire. Des objectifs de rendement sont fixés. La productivité doit être maintenue et le travail à domicile rentable.

Qu’est-ce que le télétravail?

On dit qu’un employé fait du télétravail lorsqu’il effectue ses tâches hors de son lieu de travail habituel. Dans la pratique, les entreprises recourent à deux catégories de travail à distance :

  • le télétravail formel que l’employeur encadre avec la mise en place de règles et de normes;
  • le télétravail informel (ou gris) que l’employeur accorde ponctuellement à ses employés à la suite d’un imprévu (pandémie, intempéries, enfant malade, etc.).

Il existe également plusieurs formes de télétravail :

  • le télétravail nomade qui peut être accordé lors d’un déplacement professionnel (colloques, formation, etc.) et qui permet à l’employé de travailler à distance à l’hôtel où il loge ou dans un café;
  • le télétravail dans des tiers-lieux comme des espaces de coworking;
  • le télétravail à domicile qui est la forme la plus répandue3.

 

Notes


1 et 2 Statistique Canada, Tableau33-10-0228-01 – Pourcentage de l'effectif télétravaillant ou travaillant à distance, et pourcentage de l'effectif pouvant accomplir la majorité de ses tâches pendant la pandémie de COVID-19, selon les caractéristiques de l'entreprise, 2020.

3 Scaillerez A., Tremblay D-G.,  « Le télétravail, comme nouveau mode de régulation de la flexibilisation et de l’organisation du travail : analyse et impact du cadre légal européen et nord-américain », Revue des Organisations Responsables, mai-juin 2016, p. 21-31.