Article publié dans l'édition Automne 2019 de Gestion

À quel moment de la journée doit-on s’activer au travail ou, au contraire, se ménager ? Quand doit-on annoncer une nouvelle ou changer de métier ? Le journaliste et auteur Daniel Pink interroge la science – plutôt que l’art – du « moment » parfait et le pouvoir inexploré de nos temporalités individuelles.

Lassés de prendre des décisions de manière aléatoire, Daniel Pink et deux sociologues de l’université Cornell se sont intéressés au concept du « bon moment ».

Premier constat : « Nos capacités cognitives ne sont pas immuables au cours d’une même journée. Durant nos seize heures de veille, elles évoluent, et ce, de manière souvent régulière, prédictible », affirme le journaliste. Daniel Pink part du principe suivant : si les variations d’humeur et de performance sont naturelles au cours d’une journée ordinaire, autant savoir les exploiter à son avantage. « Tout est affaire de timing », assure-t-il.

Plus performants le matin

À la manière dont les plantes déploient leurs feuilles le matin et se recroquevillent avec l’obscurité, les êtres humains développent, en général, leurs capacités cognitives le matin en raison de leur horloge biologique, selon plusieurs études. Ainsi, le décryptage, par les chercheurs américains Michael Macy et Scott Golder, d’environ 500 millions de tweets, publiés par 2,4 millions d’utilisateurs, a révélé que les publications matinales sont plus dynamiques et plus positives. Notre humeur suivrait une courbe ascendante le matin (pic), déclinante en après-midi (creux) et croissante (rebond) en fin de soirée.

Pic d’activité

« Nous faisons tous l’expérience des trois phases de la journée : pic, creux, rebond. [...] Mais pour une personne sur quatre, dont les gènes ou l’âge ont fait des oiseaux de nuit, la journée se déroule plutôt dans l’ordre inverse : redémarrage, creux, pic », affirme Daniel Pink. Selon lui, les employés lève-tard sont considérés à tort comme étant plus paresseux ou moins compétents que les lève-tôt. « Le problème, c’est que dans le monde de l’entreprise, dans la vie politique ou dans le système éducatif, tout est pensé pour 75 à 80 % des gens », soutient-il.

Il cite le professeur de chronobiologie Till Roenneberg, que les expériences menées dans des usines automobiles et sidérurgiques ont conduit à réaménager les emplois du temps des travailleurs pour les adapter à leurs chronotypes. En plus d’augmenter leur productivité, les travailleurs éprouveraient une plus grande satisfaction professionnelle.


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La pause idéale?

Lorsqu’elles sont prises judicieusement, les pauses sont réparatrices puisqu’elles permettent de recharger ses batteries, soutient le journaliste. La pause idéale ?

Selon lui, « il n’y a pas de réponse unique, mais la science offre cinq principes  directeurs ». En résumé, il est préférable d’opter pour un de ces choix :

  1. De petites pauses fréquentes plutôt que des pauses occasionnelles;
  2. Une pause active de cinq minutes toutes les heures plutôt qu’une longue pause de 35 minutes;
  3. Une pause en compagnie de collègues au lieu de rester seul afin de répondre à un courriel ou de prendre une collation;
  4. Une pause où on sort dehors pour prendre l’air et pour refaire le plein d’énergie;
  5. Une pause sans le moindre appareil électronique afin de vraiment se détendre.


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Nouveau départ

Organiser son emploi du temps, c’est aussi savoir passer à autre chose. Faut-il attendre le Nouvel An pour décider de prendre un nouveau départ professionnel ou pour tourner la page d’un épisode de sa vie ? D’autres dates clés peuvent jouer le rôle de balises temporelles, qu’elles soient sociales ou personnelles (lundi, vacances scolaires, etc.). Aucune date idéale, juste le bon moment pour rebondir !


Source

Pink, D., Le Bon Moment – La science du parfait timing, Flammarion, Paris, 2019, 320 p