Émilie Dussault, de MPC, nous parle de la place enviable de Montréal dans ce domaine.

Difficile de trouver aujourd'hui un film qui ne contient pas une touche, ou une masse, d'effets spéciaux. La présence de ces mêmes effets spéciaux devient même l'un des facteurs essentiels quant au succès commercial, et parfois même quant au succès critique, d'un film.

On savait la réputation de Montréal solidement ancrée dans le jeu vidéo, avec la présence ici de poids lourds du domaine tels la française Ubisoft ou l'américaine Warner Bros. Games, entre autres. Mais saviez-vous que Montréal est également en voie de se créer une aussi solide réputation au chapitre des effets visuels destinés aux productions audiovisuelles?

Une entreprise wow!

C'est une réalité avec laquelle Émilie Dussault, directrice générale de l'antenne montréalaise de Moving Pictures Company (MPC), nous a mis en contact lors de son passage à HEC Montréal, le 30 mars dernier. Invitée dans le cadre du 5@8 créatif de Mosaic, le pôle créativité et innovation de l'école de gestion. Mme Dussault a tout d'abord commencé par en mettre plein la vue aux curieux, venus l'entendre parler de la place désormais prépondérante de Montréal dans le domaine des effets visuels. La vidéo en tête d'article présente en effet des séquences visuelles des productions auxquelles a collaboré MPC Montréal récemment. Le travail du studio montréalais sur l'une de ces productions, X-Men: Days of Future Past, a d'ailleurs été récompensé par une nomination pour un Oscar de l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences et pour un prix de la British Academy Film and Television Arts. C'est dire le talent et le professionnalisme de nos créateurs d'ici!

Le pari montréalais

La firme MPC, en activité depuis plus d'un quart de siècle, est aujourd'hui dans le giron du géant français Technicolor, et ce depuis 2004. L'appui d'un tel géant fut évidemment déterminant dans la croissance à la fois de MPC et de l'écosystème montréalais de l'effet visuel. Car désireuse de croître, Technicolor avait à l'époque l'embarras du choix : investir dans les antennes actuelles de MPC¹ ou en ouvrir de nouvelles. Montréal fut au final choisie, et s'en suivit l'ouverture du studio MPC dans le Vieux-Montréal en octobre 2013. Ce studio compte aujourd'hui plus de 500 employés et peut se targuer d'être le plus grand studio d'effets spéciaux au Québec. Mais pourquoi le pari montréalais pour Technicolor et MPC? Évidemment, les incitatifs fiscaux y sont pour quelque chose. Mais encore là, l'avantage de la Belle Province n'était pas déterminant, le gouvernement libéral actuel ayant fait passer le crédit d'impôt en effets visuels de 45 % à 36 %, en deçà de ceux offerts, par exemple, par l'Ontario (45 %) ou la Colombie-Britannique (39 %). Pour Émilie Dussault, l'avantage montréalais repose, entre autres choses, sur ses gens et sur la culture propre à la métropole : « Je pense qu'il y a un mélange des cultures et un désir d'aller plus loin, d'explorer, chez nos gens d'ici. Et je pense aussi que nous n'avons pas de barrières, pas de strates. Cette culture égalitaire aide beaucoup!»

« If you build it, they will come »

L'investissement déterminé de Technicolor dans ses installations montréalaises profitera évidemment à l'entreprise, mais aussi à la métropole québécoise. Dès lors, le projet de faire de Montréal l'un des pôles majeurs de l'industrie des effets visuels cinématographiques est en passe de devenir, justement, bien plus qu'un simple projet, mais une réalité bien tangible. MPC Montréal, en sa qualité de plus grand joueur du domaine au Québec, est au demeurant fort heureuse de voir l'écosystème montréalais se peupler de nouveaux joueurs, tels les britanniques Cinesite et Framestore, ou l'américaine Atomic Fiction. Il s'agit là d'une concurrence qui est loin d'effrayer le grand manitou de Technicolor, Frédéric Rose, qui déclarait que « Nos concurrents vont venir plus nombreux à Montréal, et c'est une très bonne chose. Nous voulons favoriser l'écosystème local. Nous créons un cercle vertueux, comme à Londres. Les clients [les studios de cinéma] sont attirés par le choix. »²

Voilà évidemment un raisonnement qui ne fera qu'accroître la réputation de Montréal comme pôle incontournable des effets spéciaux. En cette ère numérique, où la connaissance et la maîtrise des outils technologiques et informatiques sont aujourd'hui des incontournables, la chose a son importance pour notre développement économique!

¹ MPC possède des studios à Vancouver, à Los Angeles, à New York, à Mexico à Paris, à Londres, à Amsterdam, à Bangalore (Inde) et à Shanghai.

² Cité dans l'article de Vincent Brousseau-Pouliot, « Effets visuels: crédit d'impôt stable et nouveaux studios étrangers », publié sur le site Internet de La Presse.