Prendre de bonnes décisions requiert de ne pas mettre sa tête dans le sable!

La prise de décision constitue sans conteste le cœoeur du métier de gestionnaire. Sans décision à prendre, les choses vont d’'elles-mêmes au sein de l'’organisation, et la nécessité d'’une personne pour chapeauter le tout devient quelque peu questionnable. Ça, c'’est l'’utopie. Mais dans la réalité du quotidien de nos entreprises et de nos organisations, une pléthore de décisions (des petites, des grandes) sont à prendre avec, bien souvent, une information imparfaite et incomplète, ce qui ne va pas sans compliquer la vie du preneur de décision que vous êtes!

Le cerveau, ce bienveillant ennemi!

À cet égard, nous aimons à croire que notre cerveau constitue un précieux allié dans ce difficile exercice de la prise de décision. Certes, comme l'’a prouvé le professeur Daniel Kahneman, nobélisé d’'économie 2002, dans nombre de ses travaux , notre matière grise peut certes rendre de précieux service en ce qui a trait à la prise de décision, tout comme il peut sérieusement fausser cette dernière.… Les biais cognitifs, ces schèmes de pensée innés ou induits qui nous font dévier d’'une décision juste et logique, nous guettent à chaque tournant! Soyez-en informés!

Prenez par exemple, l’'effet d’'autruche, l'’un de ces biais identifiés initialement par les chercheurs Dan Galai et Orly Sade en 2006¹. Cet effet, constaté notamment dans le monde de la finance, est défini par les auteurs comme « [...…] l’évitement de situations financières apparemment risquées en prétendant qu’'elles n’'existent pas. » Plus concrètement, l’'effet d'’autruche revient en fait à ignorer des informations perçues comme négatives et à ne pas inclure ces dernières dans le processus de décision.Comme le struthionidé bien connu, le gestionnaire se plante la tête dans le sable, en espérant que tout se passe bien!


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La logique de l'autruche

Afin de prouver l’'existence d’'un tel biais induit par le cerveau, trois universitaires, Niklas Karlsson, George Loewenstein et Duane Seppi, ont mené une intéressante étude² mettant en lumière le comportement de deux groupes d'’investisseurs. D’'une part, ils ont surveillé les ouvertures de session de centaines de milliers de cotisants au système de pension de l’'État suédois, ce dernier permettant aux payeurs de taxes de gérer eux-mêmes 2,5 % de leur capital de retraite. D’'autre part, les chercheurs ont également observé les accès de millions d’épargnants à leur compte chez Vanguard Group, un fond d’investissement américain. Qui plus est, les professeurs Karlsson, Loewenstein et Seppi ont comptabilisé les changements effectués au portefeuille des investisseurs, corrélant le tout à l’'évolution de l’'indice de la bourse de Stockholm (OMXSPI) et du Standard & Poor 500 (S&P 500) américain. Le résultat? Dans le cas des deux échantillonnages, l’'activité des investisseurs étaient plus prononcée, tant au chapitre des ouvertures de session que des changements effectués dans le portefeuille!

Inversement, donc, il appert que les investisseurs sont moins enclins à suivre leurs investissements lorsque les marchés financiers sont baissiers...… Et pourtant, la logique voudrait qu’en telle situation, les investisseurs devraient davantage surveiller l’évolution de leurs actifs.

Sortons de la bourse et rendements financiers, et retombons sur le plancher des entreprises et des organisations. Prendre des décisions demande certes une bonne capacité d’'analyse, on en convient. Mais la chose demande surtout, et l'’effet d’'autruche le démontre bien, une bonne dose de courage afin de prendre en considération l'’ensemble des informations à notre disposition, et pas seulement celles qui semblent positives et rassurantes!


¹ Galai, D., & Sade, O. (2006). The “ostrich effect” and the relationship between the liquidity and the yields of financial assets. The Journal of Business, 79(5), 2741-2759.

² Karlsson, N., Loewenstein, G., & Seppi, D. (2009). The ostrich effect: Selective attention to information. Journal of Risk and uncertainty, 38(2), 95-115.