Longtemps constitués d’une majorité de joueurs d’origine québécoise, les Canadiens de Montréal n’en comptent plus que trois de nos jours. Or, la clé du succès de cette équipe de hockey auprès du public a longtemps été son identité francophone. Avec une stratégie de marketing reposant en partie sur la réputation des Canadiens comme équipe gagnante et sur ses joueurs francophones légendaires, l’organisation ne risque-t-elle pas, à terme, de fragiliser sa popularité auprès du public ?

Je suis né en 1955. Quelle chance ! Les Canadiens de Montréal ont gagné la coupe Stanley les cinq premières années de ma vie, soit de 1956 à 1960. Au cours des deux décennies suivantes, ils ont ajouté dix coupes Stanley à leur palmarès. C’était la belle époque de ceux qu’on appelait, au Canada anglais, les Flying Frenchmen : Maurice Richard, Henri Richard, Jean Béliveau, Guy Lafleur et tant d’autres joueurs moins connus mais tout aussi dévoués à leur sport et à leur public. Ces joueurs avaient des revenus modestes mais étaient en symbiose avec leurs partisans, et leurs noms résonnaient dans toutes les communautés du Québec. Cette forte identité francophone n’excluait pas les joueurs anglophones, qui venaient souvent de Montréal ou de l’Ontario. Les Canadiens de Montréal, l’équipe la plus auréolée de l’histoire des sports professionnels en Amérique à l’époque, étaient célèbres du Canada à la Russie en passant par la Tchécoslovaquie, où Maurice Richard fut reçu en héros en 1959.

Cette tradition gagnante a été construite à partir de joueurs locaux auxquels il était facile de s’identifier. Les propriétaires anglophones de l’équipe se faisaient bien discrets mais empochaient les dollars, souvent au détriment des joueurs, qui étaient très peu payés. La stratégie était simple : recruter les bons joueurs de chez nous, les faire jouer ensemble avec passion et passer à la caisse. Mais les temps ont bien changé : les Canadiens n’ont gagné la coupe Stanley que deux fois au cours des trente dernières années et les Flying Frenchmen ont disparu. Pourtant, l’équipe reste populaire et très profitable. Que s’est-il passé, exactement ? Pourquoi les Canadiens en sont-ils rendus là ?

Une organisation modernisée

De nos jours, les Canadiens ne comptent plus que trois joueurs d’origine québécoise. C’est à partir du milieu de la décennie 2000-2010 que les joueurs québécois et canadiens-français (hors Québec) sont devenus une rareté dans l’équipe.

La raison invoquée par la direction et maintes fois exprimée par Pierre Boivin, président de l’équipe de 1999 à 2011, c’est que les Canadiens de Montréal ne sont plus les seuls à repêcher des joueurs québécois et canadiens-français ; de toute façon, il y en a moins de nos jours, compte tenu de la venue de joueurs européens et américains de talent qui s’imposent au sein de la Ligue nationale de hockey (LNH). Toutefois, la direction de l’équipe dit toujours donner la préférence à un joueur québécois, à talent égal, lorsque vient le moment du repêchage des joueurs amateurs.

J'achète!

Poursuivre votre lecture pour seulement 2,99 $

Je m'abonne!

Accédez à tous les articles en vous abonnant à partir de 3,25$

Ou