Article publié originellement le 09 octobre 2016

Le jeu politique en organisation rebute et effraie, parfois… Pourtant, pour tout gestionnaire qui aspire à faire cheminer ses dossiers adroitement dans son milieu ou qui souhaite gravir les échelons de la hiérarchie, il est une série de questions que ce dernier doit absolument se poser, s’il veut parvenir à des résultats probants!

Tel un joueur d’échecs, le gestionnaire en entreprise devrait, avant toute chose, retenir le précieux conseil donné par le professeur Gérard Ouimet, du Département de management de HEC Montréal, dans son ouvrage Psychologie du pouvoir organisationnel : « Avant d’agir, il importe pour l’agent de bien comprendre la nature même de la situation. L’utilisation judicieuse de l’intelligence situationnelle, qui permet d’identifier et de jauger les forces en présence, constitue assurément la première des habiletés politiques de tout agent espérant efficacement une influence politique sur son milieu. […] À ce stade de la compréhension de la situation, la possession de grands yeux, de fines oreilles, d’un nez délicat et d’une toute petite bouche s’avère capitale à la réussite du travail d’investigation de l’agent. »

Au-delà de cet inestimable conseil d’ami, l’observation méthodique du jeu politique en organisation devrait normalement déboucher sur une série de cinq interrogations incontournables. Les réponses à ces interrogations ne sont certes pas toujours faciles à trouver! Mais il importe quand même de se les soumettre, quitte à voir progressivement apparaître les réponses à ces dernières au fil du temps! Les grands maîtres aux échecs vous diront que les solutions apparaissent rarement dès l’ouverture de la partie! Ainsi…

1. Qui sont les acteurs?

Qui sont les joueurs importants dans l’organisation? Certes, l’organigramme peut nous en révéler certains, mais ce seront les plus évidents. Certains autres acteurs, plus discrets, possèdent aussi beaucoup de pouvoir! Un truc pour les pointer? Identifiez ceux qui travaillent sur les dossiers critiques de l’organisation!

2. Quelles sont leurs ressources?

La gestion d’un budget est évidemment une marque de pouvoir importante. Mais ce n’est pas la seule. Surveillez également ceux qui possèdent l’information, qu’elle soit formelle ou informelle. À cet égard, le personnel de soutien (adjoints administratifs, etc.) possède également une bonne masse de savoir informel. À ne pas négliger!

3. Quels sont leurs intérêts?

Pas facile à répondre, car les intérêts des acteurs sont parfois bien cachés. Observez les comportements des protagonistes, et tendez une oreille attentive aux bruits de corridors! Fréquentez les lieux de rencontre habituels de l’organisation (machine à café, aire de détente, etc.) pour en apprendre plus!

4. Quels sont les enjeux de l’organisation?

Est-il question, au sein de votre organisation, de rationalisation? De développement d’un nouveau produit ou d’un nouveau marché? D’une fusion, d’une acquisition ou d’une alliance? Une fois ces enjeux importants identifiés, observez qui sont les acteurs qui gravitent de près autour de ces derniers…

5. Quelle est la culture de l’organisation?

Chaque organisation possède des valeurs propres, des qualités qui sont recherchées chez les employés, des défauts qui sont méprisés… Ces éléments, et bien d’autres (rites, symboles, etc.) sont autant de prises à votre disposition afin de faire avancer vos intérêts!

Mais, sans aucun doute, la question préalable à toutes celles-ci revient à se demander si l’on souhaite « s’engager » dans le jeu politique de son organisation! Comme la professeure honoraire Francine Harel-Giasson, de HEC Montréal, le souligne dans son article « Les habiletés politiques: sans elles, point de salut ! », publié antérieurement dans nos pages : « [le gestionnaire doit] d’abord reconnaître et accepter son ambition, de même que son désir d’influencer les autres et le cours des événements. » À réfléchir et à mûrir!