Le constructeur français a su s'adapter aux particularités de cet énorme marché. Et celui-ci le lui rend bien!

Le potentiel du marché indien est immense, et nombre d'entreprises en sont bien conscientes. L'Inde sera en effet, d'ici 2025, le pays le plus populeux de la Terre, et compte tenu de l'accès grandissant d'une frange non négligeable de sa population à la classe moyenne et à une plus grande richesse, une véritable chance se présente à qui saura la saisir!

À ce compte, certains constructeurs automobiles ont déjà entrevu le potentiel immense de ce marché. Peut-être avez-vous déjà entendu parler de la Nano du constructeur indien Tata, une voiture conçue spécialement pour les rudes caractéristiques du réseau routier indien, et pour les revenus globalement modestes des Indiennes et des Indiens. Le pari de Ratan Tata, la tête dirigeante du groupe industriel à cette époque, était de lancer une voiture à 2 000 dollars américains. Présente sur les routes cahoteuses de l'Inde à partir de 2008, la Nano, une deux-cylindres pouvant atteindre la vertigineuse vitesse de 100 kilomètres-heure, rencontra néanmoins un succès mitigé, avec seulement 263 000 exemplaires écoulés depuis sa sortie (lire l'article d'Emmanuel Derville intitulé « La Tata Nano, une révolution manquée », sur le site Internet du Figaro).

La chose n'a toutefois pas semblé effrayer la française Renault qui lançait, en octobre dernier, sur le marché indien la Kwid, reprenant essentiellement les mêmes visées que Tata avec la Nano. Mais à l'inverse, les premiers chiffres de vente publiés récemment par la firme sont plus encourageants! Tel que le rapporte Vincent Vérier sur le site Internet du quotidien Le Parisien, (lire « Renault Kwid, la Française à 3 500 € qui cartonne en Inde »), près de 75 000 Indiens sont en attente du véhicule, alors que 15 000 de ceux-ci roulent déjà en Kwid, et ce en trois mois seulement. 

Le prix de vente de la Kwid, soit 3 500 euros (environ 5 400 dollars canadiens), a de quoi séduire le consommateur indien. Comment Renault est-elle parvenu à établir un tel prix? Un mot-clé explique ce prix : sobriété. De fait, la Kwid a été conçue dans un réel esprit de chasse au gaspillage et de réduction de coûts. Dans un premier temps, presque la totalité des pièces de la Kwid sont fabriquées en Inde, profitant ainsi des bas coûts de main-d'oeuvre et évitant les frais de transport. D'autre part, le moteur n'a pas fait l'objet de développement technologique majeur, ce qui permet encore là à Renault de réduire les coûts de production de la voiture. Et si le consommateur s'attend à retrouver les différents gadgets que l'on retrouve sur nos véhicules occidentaux, il sera déçu. La Kwid ne possède pas de vitres automatiques, ni de freins ABS, et dispose d'un système antipollution moins performant, en accord avec les normes moins exigeantes du gouvernement indien. Toute cette frugalité ne vise qu'une seule chose : abaisser au maximum les coûts, et in fine le prix de vente. Mais ça roule, à en juger par l'essai routier présenté en tête d'article!

Inde et Iran - Démographie et ÉconomieEn s'attaquant à des marchés en émergence, tels celui de l'Inde ou même celui de l'Iran, rendu plus accessible par la levée récente des sanctions occidentales à son égard (lire l'article de Alain-Gabriel Verdevoye intitulé « Renault veut produire le 4x4 Duster et la Kwid à bas coût en Iran », sur le site Internet Challenges.fr), Renault pousse ses pions rapidement sur l'échiquier devant de potentiels concurrents, et acquiert du coup de précieux apprentissages sur l'art et la manière de servir ces clientèles qui accèdent progressivement à la propriété et à la richesse. C'est un pari qui, au final, pourrait s'avérer profitable pour Renault, et pour toutes ces entreprises qui osent dans ces marchés qui bourgeonnent.