Ce qu'il faut savoir à propos de ce type de personnalité difficile...

Ils sont habiles, consciemment ou inconsciemment. Ils transpirent la confiance, parfois même l'arrogance, et, au premier abord, ils impressionnent. Pourtant, comme le signale à juste titre le professeur Tomas Chamorro-Premuzic (lire « Pourquoi nous adorons les narcissiques », sur le site de Harvard Business France), « Les narcissiques sont pourtant des parasites pour la société. Lorsqu’'ils sont aux commandes d’'une entreprise, ils commettent des fraudes, démoralisent les employés et dévaluent les actions. Quand ils sont à la tête de pays, ils aggravent la pauvreté, la violence et le taux de mortalité. »

Tout d'abord, qui sont ces narcissiques? Comme l'indiquent François Lelord et Christophe André (lire l'article « Gérer les personnalités difficiles », dans notre ouvrage Habiletés de direction, collection « Gestion et Savoirs »), le narcissisme se caractérise par « [le] sentiment d'être exceptionnel et de mériter plus que les autres, [les] attraits pour les privilèges et les passe-droits, [l'] intolérance à la critique, [l'] exigence de soumission et d'admiration de la part des autres. » Compte tenu de cette description peu invitante, pourquoi, dès lors, retrouve-t-on ce type de personnalité dans nos milieux organisationnels? Pourquoi les engage-t-on?

Tout d'abord, parce qu'ils projettent loin et fort une image de confiance débordante. Pour le narcissique, l'image est un moyen d'attirer à soi l'attention dont il a besoin. À ce titre, la parole est également une arme redoutable aux mains du narcissique. Ce sont généralement de bons communicateurs et qui, selon les études scientifiques menées sur le sujet, performent bien en entretien d’'embauche. Un peu normal, donc, de « tomber dans le panneau » devant tant de poudre aux yeux...

Mais également, les narcissiques ont tendance à nous faire confondre leurs comportements et attitudes avec les marques d'un véritable leadership. Car, comme le signale à nouveau Tomas Chamorro-Premuzic, « [...] l'’idée que les dirigeants doivent être présomptueux, charismatiques ou égoïstes pour être efficaces est très loin de la réalité. Certes, ces traits de caractère les aident à devenir des dirigeants, mais ils sont aussi la cause de leur malhonnêteté et de leur incompétence une fois au sommet. »

Il est donc important pour les spécialistes de la dotation d'être en mesure de rapidement repérer ce type de personnalité difficile chez les éventuels candidats. Car les conséquences de l'embauche d'un individu présentant des traits narcissiques peuvent être néfastes pour l'organisation. Dans leur excellente revue de littérature sur le sujet, W. Keith Campbell et ses collègues¹ signalent que les narcissiques au sein d'une organisation donnée sont plus sujets à faire preuve d'intimidation ou de comportements agressifs, à prendre des décisions plus risquées ou à enfreindre certaines règles au chapitre de l'éthique des affaires, entre autres. Somme toute, le professeur Campbell conclut son article en rappelant que « [...] narcissism is problematic in organizational contexts because it is both destructive in multiple ways but also attractive in the recruitment process. HR professionals need to be aware of this so as not to be seduced but ultimately disappointed by narcissistic employees. » Nous voilà donc informés et prévenus!


¹W. Keith Campbell, Brian J. Hoffmana, Stacy M. Campbell et Gaia Marchisio (2011). « Narcissism in organizational contexts ». Human Resource Management Review, 21(4), pp. 268-284.