Les arpents verts sont aujourd'hui envahis par la technologie!

L’image d'Épinal que l’on peut avoir de l’agriculture occulte une réalité pourtant bien tangible en ce début de troisième millénaire : la présence marquée de la technologie dans les champs.

Sujet important, s'il en est un, car c'est essentiellement de la survie et de l'avenir de l'humanité dont il est question, lorsque l'on aborde les questions agricoles et alimentaires. Sujet si important aussi qu'il a donné lieu à une discussion lors du Forum économique international des Amériques, dont la 22e édition se déroule actuellement à Montréal. Avec pour titre Innovation agricole : en route vers une évolution technologique, cette discussion organisée en collaboration avec la Coop fédérée, la plus grande organisation agroalimentaire au Québec, a donné l'occasion à quatre intervenants d'apporter leur point de vue sur cette incontournable question de l'innovation agricole et sur ses conséquences dans le domaine agricole. 

Car à n'en point douter, le passage de l'agriculture traditionnelle à ce qu'il est convenu d'appeler l'agriculture de précision¹ est bien engagé. Pour Chris Forbes, sous-ministre délégué à Agriculture et Agroalimentaire Canada et porteur de la vision gouvernementale au Forum, cette transition est un passage obligé, et l'innovation agricole est aujourd'hui un impératif. D'une part, parce que la demande alimentaire connaîtra une forte inflation : on estime que cette demande va s'accroître de moitié d'ici 2050. D'autre part, parce que les défis de nature climatique s’accroîtront tout autant. Une pression s'exerce, et s'exercera dans un avenir pas si lointain, sur les infrastructures agricoles. À ce titre, donc, on doit faire plus et mieux avec les ressources actuelles : bref, augmenter la productivité agricole. « Déjà, affirme le sous-ministre Forbes, dans le secteur laitier, on produit autant avec la moitié moins de vaches qu'il y a vingt ans. Et c'est grâce à l’innovation que nous y sommes parvenus. »

De quelle innovation parle-t-on au juste?

Comment, donc, parvenir à ces ambitieux objectifs de rendement? Un bon exemple d'une telle innovation appliquée à l'agriculture de précision a été présentée par Romain Faroux, directeur général, associé et cofondateur de l'entreprise française Airinov. Ce dernier a en effet présenté le produit phare de l'entreprise, l'aile volante eBee, qui permet de survoler une parcelle à 150 mètres d'altitude et, grâce à ses capteurs, de cartographier l'ensemble du champ : « Personne ne regarde, mètre carré par mètre carré, tout ce qui se passe dans le champ. Grâce à ces outils, on est capable de cibler certaines zones dans lesquelles l'expertise humaine va pouvoir aller, se focaliser pour pouvoir fournir un diagnostic plus précis, plus fin, plus adapté », a expliqué M. Faroux. L'agriculteur, appuyé par la masse d'informations fournie par ces ailes volantes, peut ainsi ajuster, par exemple, la quantité d'engrais à épandre dans des zones très précises, ce qui se traduira in finepar des économies de temps, d'efforts et, bien évidemment, de coûts (voir la vidéo en tête d'article).

Oui, mais...

« Tout nouveau, tout beau » veut l'adage populaire. Pour Marcel Groleau, président général de l'Union des producteurs agricoles (UPA), le plus important syndicat agricole au Québec, il ne faut toutefois pas perdre de vue les nombreux défis que posent l'arrivée de ces technologies sur le plancher des vaches, c'est le cas de le dire! Pragmatique comme le véritable agriculteur qu'il est également, Marcel Groleau voit l'arrivée de ces technologies, une main bien crispée sur la calculatrice enfouie dans la poche de son pantalon! Pour le président de l'UPA, ces avancées technologiques doivent surtout être tempérées à l'aune de la pertinence, de la rentabilité et de la complexité de l'utilisation. Car on ne doit pas perdre de vue que les petites exploitations agricoles sont encore nombreuses, et le coût de ces technologies, encore élevé, pourra rebuter l'agriculteur, qui n'y trouvera finalement pas son compte. 

Un autre élément à considérer, souligne Marcel Groleau, a trait à la question de l’acceptabilité sociale relative à l'arrivée et à l'utilisation des technologies agricoles. « Les consommateurs et les citoyens idéalisent la ferme artisanale, et accordent des attributs de santé aux produits. Nous avons un enjeu de communication et de justification  pour faire comprendre aux consommateur les avantages de la technologie », soulève avec justesse le syndicaliste et agriculteur.

Que l'on soit à Fresnay-le-Comte, en Eure-et-Loir, à Hendley, au Nebraska ou à Saint-Simon-de-Bagot, plus près au Québec, les avancées technologiques sont désormais une donne à considérer dans le domaine agricole. Reste à espérer que l'enthousiasme qu'elles suscitent saura rapidement se traduire par des apports positifs aux chapitres du portefeuille et du bien-être général et ce, tant pour les agriculteurs que pour les consommateurs!

¹ L'agriculture de précision peut être définie comme « [...] un mode d’exploitation dont l’objectif est d'assurer une meilleure gestion des intrants et d'adapter les pratiques agricoles, pour obtenir un rendement optimal tout en prenant en compte la variabilité intra-parcellaire. » (source : dictionnaire-environnement.com)