Le concept de résilience, popularisé par Boris Cyrulnik dans plusieurs de ses ouvrages – à titre d’exemple, citons Un merveilleux malheur –, fournit de nouvelles perspectives pour aider les sociétés, et les organisations engagées dans des transformations majeures. La résilience « se dit de ce qui présente une résistance aux chocs » (Larousse), mais désigne également « l’art de naviguer entre les torrents ». Et si la résilience, thème au cœur de success stories de quelques héros courageux, devenait le thème intégrateur de l’homme et de nos sociétés en quête de sens, mais aussi un levier pour aider les organisations à rebondir et à se propulser malgré, ou grâce, aux défis traversés?

La résilience parait ainsi la clé des défis rencontrés par nos sociétés en ce XXIe siècle naissant : en Europe, la crise des migrants et la crise de la dette grecque, mais également la menace constante du terrorisme, sont des exemples de ce que les États doivent affronter aujourd’hui, à partir d’une vision renouvelée de la souveraineté, mais aussi de la solidarité internationale. Le monde des affaires n’a pas été épargné par des remises en question draconiennes, à la faveur des grands scandales financiers qui le secouent régulièrement. L’arrivée au pouvoir de Donald Trump va être un autre test pour la solidité d’un certain nombre de valeurs telles que le respect, la tolérance, l’entraide, l’ouverture à l’autre et va exiger une bonne dose de résilience pour les différents groupes ostracisés dans sa campagne. Dans les organisations, les spirales continues de changement frappent de plein fouet des secteurs et des catégories d’employés longtemps protégés et vivant dans l’illusion d‘un monde stable. Les spécialistes en gestion du changement ont le vent en poupe, pour mettre en place des démarches organisationnelles sophistiquées. Mais ces démarches passent trop souvent à côté de l’essentiel : la dimension humaine du changement, c’est-à-dire la capacité des personnes, des dirigeants, des gestionnaires, des employés à donner du sens à ces transformations majeures, ou mineures, de leur environnement, bien souvent subies. Le concept de résilience s’applique aussi bien aux organisations qu’aux individus. Notre proposition est de changer son regard et sa représentation, souvent négatifs, de l’épreuve ou du changement qui est imposé, pour puiser dans les forces nouvelles et les occasions favorables qui apparaissent, et, à l’instar de l’huitre, transformer les grains de sable douloureux qui pénètrent sa coquille en perles convoitées. Cela ne se fait pas du jour au lendemain, et il serait réducteur de céder à une vision uniquement positive, qui transformerait un processus de changement devant des épreuves ou des chocs passés, en une série de recettes miracles pour venir à bout des défis qui se présentent sur notre route. Le chemin que nous vous invitons à suivre s’apparente plutôt à celui de la spirale, qui revient en arrière et dans le passé, pour mieux se propulser en avant. La résilience permet de rebondir, sans pour autant revenir à l’état initial, et de transformer le choc, l’échec, l’épreuve en une occasion de tracer une nouvelle voie. Ces passages se font selon nous en trois temps :

  1. Dans un premier temps, nous proposons d’aider les individus et les organisations à prendre conscience de leurs forces, et à se réapproprier les ressorts, les talents, la créativité qu’ils ont su déployer devant les défis passés. L’enjeu est de rebâtir la confiance et d’identifier les éléments positifs et vivants des épreuves ou des échecs vécus, comme individu, et comme organisation. « La difficulté attire l’être de caractère, et c’est en l’étreignant qu’il se réalise lui-même », écrivait le Général de Gaulle.
  2. Dans un deuxième temps, il s’agit de stimuler la capacité et l’agilité des personnes et des équipes à évoluer en environnement mouvant, incertain, complexe, fait de changements continus. Susciter le potentiel de créativité et d’innovation des personnes, des équipes, des organisations devient la clé pour accélérer la capacité à rebondir. Il s’agit du « ressort invisible », ce mouvement opéré par les blessés de la vie, pour redonner du sens à l’épreuve. Le « ressort » transforme l’obstacle en tremplin et permet de se propulser plus loin, ou ailleurs, pour créer de nouveaux espaces de développement.
  3. Enfin, la résilience est aussi le fruit de liens, de mains tendues, de nouvelles capacités à travailler et à vivre ensemble qui se révèlent dans l’épreuve ou le choc. C’est le « tricotage » des liens avec les autres, maille après maille, qui permet de s’en sortir véritablement. Le mythe du héros solitaire qui traverse seul l’épreuve n’existe que dans les contes et légendes, pour soutenir notre imaginaire et nous donner le courage et la force de traverser les obstacles que nous rencontrons dès l’enfance sur notre route. Mais ces héros sont toujours entourés de personnages plus secondaires, croisés miraculeusement, et grâce auxquels ils vaincront l’adversité. Le rebond ne se fera que si les personnes, les équipes et les organisations développent de nouvelles synergies et manières de fonctionner ensemble favorisant la complicité, l’intelligence collective, la collaboration, l’entraide plutôt que la compétition. La cohésion et la solidarité entre les personnes, et entre les équipes, sont les leviers indispensables pour sortir des silos et rendre les organisations plus agiles et aptes à traverser la turbulence

En conclusion, nous vous invitons à apprivoiser la résilience, pour porter un regard différent sur l’épreuve, ou les chocs successifs rencontrés sur notre route, comme société, comme entreprise, comme individu. Ce sont des révélateurs salutaires nous invitant à sortir de nos paradigmes, à puiser dans de nouvelles forces plus collectives, à solidifier nos ancrages et nos relations, à faire preuve de créativité et à oser bâtir une vision audacieuse, renouvelée, à partir de modèles d’affaires à réinventer. Apprenons à chérir nos échecs et nos épreuves et à les considérer comme des invitations à nous réinventer. « Alors nous changerons notre regard sur le malheur et, malgré la souffrance, nous chercherons la merveille » (Boris Cyrulnik).