Une augmentation de la natalité signifie-t-elle nécessairement une croissance de la population future? Si la réponse est négative, quel est le facteur vraiment important?

Devant une fécondité inférieure depuis 1970 au seuil de remplacement des générations et au vieillissement de la population du Québec qui s’ensuit, des mesures favorables à la natalité sont proposées et aussi adoptées, comme l’amélioration des congés parentaux et les subventions aux garderies ou centres de la petite enfance.

Impact de l’ouverture de l’économie

L’ouverture très grande des économies régionales provoque une application du principe des vases communicants avec un ajustement entre les régions d’un marché intégré s’effectuant par la mobilité et très peu par les prix à l’exception des prix du sol et des services purement locaux.

Si la rémunération réelle à long terme des différentes occupations est fixée par les conditions extérieures à la région, comme c’est le cas pour le Québec, l’emploi sera déterminé par la demande de travailleurs et donc par la dynamique globale de cette économie. Une pénurie de main-d’œuvre sera comblée par une hausse du solde migratoire et un surplus de main-d’œuvre par une baisse de ce solde. L’émigration des Québécois vers les États-Unis en est un excellent exemple. Entre 1891 et 1921, le nombre moyen d’enfants par femme au Québec était aux environs de 5,5 contre 1,59 en 2016.

Quelle en fut la conséquence?  «Au total, de 1840 à 1930, près d’un million de Québécois auraient quitté leur sol natal pour s’établir aux États-Unis.» (Lavoie, 1981 : 65). En 1900, 19 pour cent des francophones nés au Canada vivaient aux États-Unis. (MacKinnon et Parent, 2012 : 31) De plus, en 2009, 2,15 millions d’Américains se disaient de descendance canadienne-française dont 42 pour cent habitaient le Nord-est. (U.S. Census Bureau, 2012 : 50) Les questions posées plus haut reçoivent leurs réponses : une hausse importante des naissances va s’accompagner d’une baisse future du solde migratoire si l’économie demeure inchangée.


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La population va où sont les emplois

Il est permis d’affirmer que la politique la plus favorable à une hausse de la population au Québec est une politique de croissance économique, ce qui permet de stimuler la demande de main-d’œuvre. En somme, la population va où sont les emplois.

La population en Alberta a été récemment en forte expansion, alors que celle des provinces maritimes stagnait. Ces évolutions n’étaient pas influencées par les taux de natalité de ces deux régions mais bien plutôt par leur développement économique respectif. Toutefois une question mérite d’être posée : un groupe de Québécois peut-il désirer vivre dans une économie moins prospère? Est-ce une aberration?

Présence d’un groupe favorable à un Québec moins prospère

Les francophones demeurent moins mobiles ou moins enclins à quitter le Québec que les autres groupes linguistiques. À titre d’illustration, il y eut entre 1971 et 2001 une migration nette négative de 387 100 personnes entre le Québec et les autres provinces. Les personnes de langue maternelle française, qui totalisaient 81,4 pour cent de la population en 2001, ne représentaient que 9,7 pour cent de la migration nette. Les personnes de langue maternelle anglaise et les autres, dont la part dans la population québécoise était en 2001 respectivement de 8,3 et 10,3 pour cent, totalisaient 71,3 et 19,0 pour cent des départs nets. (Marmen et Corbeil, 2004 : 107 et 147).

Une autre donnée : des immigrants admis au Québec en 2005, 67,2 pour cent y étaient encore présents en 2016. Cette situation engendre un paradoxe en raison de la présence du marché commun canadien qui permet aux Québécois d’avoir un revenu moyen comparable à celui de l’Ontario même si l’économie y est généralement moins dynamique.

Un taux de croissance moins élevé de l’économie du Québec profite à un groupe de Québécois. Ce sont ceux qui ont une préférence marquée pour vivre dans un environnement francophone ou homogène. Grâce à la mobilité plus grande des autres groupes et par la présence du marché commun canadien, une économie moins prospère leur procure davantage ce qu’ils désirent sans affecter à long terme leurs revenus réels.

Ce texte a deux importantes conclusions qui méritent d’être reprises. Premièrement, la politique la plus favorable à une hausse de la population au Québec est une politique de croissance économique, qui permet de stimuler la demande de main-d’œuvre. Deuxièmement, une telle politique ne va cependant pas dans l’intérêt de ceux qui recherchent un milieu homogène francophone.