La mutation du marché énergétique mondial au cours de la prochaine décennie aura des conséquences non négligables pour les entreprises, qui devront se plier aux politiques publiques de décarbonisation de l'économie et s'adapter à l'utilisation de nouvelles sources d'énergie. À quoi les dirigeants doivent-ils s'attendre et se préparer ?

La transition vers des formes d'énergie plus propres reste plus lente que souhaité, mais elle influe déjà sur le marché de l'énergie, constate Warren Mabee, professeur et directeur de l'Institut des politiques énergétiques et environnementales de l'université Queen's. « Plusieurs pays réduisent leur recours au charbon et on constate des surplus dans la production pétrolière, signe que la demande n’augmente pas vraiment, dit-il. La demande en gaz naturel croît assez fortement, alors que le taux de pénétration des énergies renouvelables reste modeste. »

Selon le document BP Energy Outlook pour l’année 2018, plus de la moitié de l’énergie consommée dans le monde entier proviendra encore du pétrole et du gaz naturel en 20401. Le recours aux énergies renouvelables devrait croître de plus de 400 % et représenter plus de 50 % de l’augmentation totale de la pro- duction d’énergie d’ici 2040. Ce scénario signifierait toutefois que les émissions de carbone augmenteraient de 10 % d’ici 2040 en raison de la hausse constante de la demande d’énergie.

Or, dans l’accord de Paris sur le climat, signé en 2016, le Canada s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 30 % sous les niveaux de 2005 d’ici 2030. Le Québec, lui, a présenté non pas des objectifs de diminution de ses émissions de GES dans sa plus récente politique énergétique2 mais plutôt les objectifs suivants : réduction du recours aux produits pétroliers, élimination totale du charbon thermique3 et augmentation de 25 % de la production totale d’énergies renouvelables, dont 50 % à partir de la bioénergie4.

L’émergence des technologies propres

Anne-Marie Bourgeois, vice-présidente aux investissements à EnerTech Capital, distingue deux tendances fortes sur le marché de l’énergie en ce moment : la chute des prix des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique résultant de la numérisation des entreprises (voir le graphique ci-dessous). « Dans le secteur de la production d’énergie solaire, les prix baissent de 15 à 20 % annuellement depuis quelques années, ce qui en fera bientôt la source d’énergie la moins chère, illustre-t-elle. Au Québec, le coût de production de l’énergie hydroélectrique se situe à 8 ou 9 ¢ le kWh, alors que des projets solaires apparaissent dans le monde à des coûts aussi bas que 2 à 3 ¢ le kWh. » On ne peut pas exiger des entreprises qu’elles passent à d’autres sources d’énergie ou qu’elles diminuent leurs émissions de GES sans leur proposer des solutions de rechange pour y parvenir. Le secteur des technologies propres5 jouera donc un rôle majeur dans la mutation du marché de l’énergie au cours des prochaines années, par exemple en proposant des innovations techniques, voire parfois en obtenant la responsabilité de gérer l’approvisionnement et l’utilisation de l’énergie dans certaines entreprises. Au Québec, ce secteur d’activité compte 350 entreprises, qui génèrent un chiffre d’affaires annuel total de 1,2 milliard de dollars par année6, alors qu’au Canada, il regroupe 850 entreprises au total, dont les revenus annuels s’élèvent à 13,3 milliards7. Au Québec, 43 % de ces firmes évoluent dans le secteur de l’énergie. À l’échelle mondiale, le marché des technologies propres a doublé entre 2008 et 2015 : sa valeur atteint aujourd’hui les 1 000 milliards de dollars et devrait grimper à 2 500 milliards en 2020, selon la firme Navigant Research.

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