Claude Ananou, entrepreneur en série, remet en question bien des certitudes avec l'approche SynOpp.

Claude Ananou

Claude Ananou


L'homme détonne dans le décor universitaire de HEC Montréal. Claude Ananou, maître d'enseignement au Département de management à HEC Montréal, est un électron libre. Homme d'action et entrepreneur en série, il a mis sur pied une bonne dizaine d'entreprises toujours florissantes, sans parler des mille et un projets qui germent dans sa tête. Homme de réflexion, Claude Ananou a également eu, à travers ses multiples expériences entrepreneuriales, l'occasion de réfléchir à la nature même de l'entrepreneuriat, ce qui l'a amené à remettre en cause bien des idées préconçues sur la chose. En rencontre dans le capharnaüm qui lui sert de bureau à HEC Montréal, repère de son hyperactivité entrepreneuriale et intellectuelle, Claude  m'explique SynOpp, une approche qu'il a développée, puis lancée officiellement en 2007, et pour laquelle il a été maintes fois primé.

« L'approche SynOpp, signale l'entrepreneur, s'élève contre le diktat du plan d'affaires. » Ce fameux plan d'affaires, exigé par les institutions financières et qui a le mérite d'effrayer bon nombre d'entrepreneurs à la recherche de financement pour lancer leur projet entrepreneurial. « Le plan d'affaires, poursuit Claude Ananou, est un instrument inefficace, en ce sens qu'il essaie de prédire un avenir incertain, insaisissable. Il demeure foncièrement un exercice théorique et sans grande valeur, parce que figé dans le temps. »

Pour Claude Ananou, l'acte d'entreprendre est d'abord et avant tout un acte de géniteur, et non de planificateur. Il faut donc être sur le terrain afin de sentir l'air du temps et, rapidement, miser sur l'identification d'un besoin. Cet état d'esprit, ancré dans l'action et non dans la réflexion (qui demeure le propre du plan d'affaires), suggère donc d'être ouvert et alerte sur son environnement, question d'y déceler des besoins qui n'auraient pas encore été comblés par le marché. Par la suite, plutôt que de ratisser large avec l'étude de marché classique, Claude Ananou suggère de cibler ce que l'entrepreneur appelle ses « adeptes », ces gens chez qui l'entrepreneur aura identifié le besoin et avec qui il pourra tester son produit ou son service. Et c'est, encore là, l'un des apports majeurs de l'approche SynOpp, à savoir la capacité qui est laissée à l'entrepreneur de corriger le tir, de faire un pas en arrière pour par la suite pouvoir en faire deux en avant. C'est donc en confrontant le produit ou le service à la réalité du marché, auprès des clients dont le besoin est à combler, que l'entrepreneur peut avancer, en bâtissant pierre par pierre, de manière itérative, son projet entrepreneurial. Cette série d'actions et de réflexions devrait normalement contribuer à l'identification par l'entrepreneur des fondements même de son entreprise, à savoir  « [...] la connexion entre le besoin identifié, l’avantage prépondérant et son profil, c’est-à-dire la cellule-souche de son projet. Celle-ci représente l’entreprise à sa plus petite échelle. »¹

Ne reste plus par la suite qu'à foncer! Encore craintif par rapport à votre projet? Peur du risque? Pour Claude Ananou, le risque, ça n'existe pas! « La véritable question à se poser ici, c'est de savoir ce que l'entrepreneur est prêt à perdre. Une fois que celui-ci a identifié ses zones de sensibilité à la perte, et elles peuvent être de six ordres (financier, familial. psychologique, temps, santé, notoriété, estime de soi). Il faut donc agir comme un samouraï et y aller en toute connaissance de cause et de soi! »

Par l'entremise de son enseignement à HEC Montréal, de son cours en ligne ouvert à tous (MOOC) qui vient de débuter cette semaine, ou de ses nombreuses publications, Claude Ananou fait ce que tout entrepreneur devrait faire : remettre en cause les certitudes, ne rien prendre pour acquis et continuer à avancer dans l'action!

¹ Louis Jacques Filion, Claude Ananou et Christophe Schmitt (2012), Réussir sa création d'entreprise sans business plan, Paris : Eyrolles, p. 135