Le confinement provoqué par la COVID-19 est source de stress et d’angoisse pour les individus. Les relations au travail s’en voient complètement bouleversées. Quels sont les impacts psychologiques de cet isolement chez les employés et comment les aider à maintenir le cap?

« Personne ne sait quand ni comment la crise actuelle va se terminer. Il est donc normal de se sentir stressé, puisqu’on n’a pas le contrôle sur la situation », explique Nathalie Parent, psychologue et auteure. Les travailleurs peuvent réagir à la crise de différentes façons : certains se lancent corps et âme dans le boulot, alors que d’autres vont plutôt s’isoler encore plus, en ne prenant plus la parole en réunion, par exemple, constate-t-elle. « Le confinement apporte également beaucoup de variations dans l’humeur. Parfois, on peut être anxieux ou avoir peur, alors qu’à d’autres moments, on devient tendu et irritable. Il peut y avoir aussi des moments de déprime et de découragement. »

Mais surtout, la faculté à gérer cette crise dépend beaucoup de la capacité d’adaptation de chacun, analyse pour sa part Ghislaine Labelle, psychologue organisationnelle et conseillère en ressources humaines agréée (CRHA) au Groupe Conseil SCO. « Ceux qui ont une grande réserve passeront à travers l’épreuve plus facilement, mais pour les autres, le moindre changement peut occasionner un tsunami. Ils sont donc plus susceptibles de vivre de la détresse psychologique. »

Garder le contact

Si en temps normal, il est possible de garder un œil sur ses troupes pour s’assurer de leur bien-être, ce n’est plus le cas en mode télétravail. D’où l’importance d’entrer en contact régulièrement avec ses employés. « En période de crise, les gestionnaires doivent proposer une présence attentive, en ayant des communications fréquentes, en se montrant rassurants et en maintenant le lien », précise Ghislaine Labelle. Elle conseille d’ailleurs de prendre des nouvelles de chaque personne, individuellement.

Il faut également être attentif aux comportements des gens, en réunion virtuelle ou pendant ces conversations. En effet, si certains signes de détresse sont difficiles à déceler — comme l’abus d’alcool —, d’autres sont plus faciles à détecter. Par exemple, un employé qui broie du noir ou qui se montre très colérique. « Il faut prendre le temps d’écouter, de valider ses sentiments et de voir ce qu’on peut faire pour l’aider », affirme Nathalie Parent. Au besoin, vous pouvez aussi diriger votre employé vers des ressources disponibles, comme le programme d’aide aux employés ou des groupes de soutien externes. Certaines organisations se tournent plutôt vers des coachs ou des psychologues organisationnels, pour traverser la crise.

C’est également l’occasion de discuter des besoins de chacun et de revoir leurs objectifs en fonction de leur réalité, soutient Ghislaine Labelle. Car si les parents sont très touchés par le confinement, la situation peut restreindre l’efficacité de tous. « Dans un contexte de grand stress, tout le monde a de la difficulté à se concentrer. Cela peut aussi entraver la prise de décision et affecter la mémoire », décrit-elle. Il faut donc passer à un mode de gestion qui mise sur l’empathie plutôt que sur la productivité.

Traverser la crise… en équipe

Pour aider les employés à tenir le coup, Ghislaine Labelle suggère de mettre en place des cellules de crise, de favoriser le travail en équipe ou de jumeler les personnes les plus anxieuses avec d’autres qui sont plus rassurantes. « La crise actuelle peut avoir un effet de rapprochement et créer un élan d’entraide entre les collègues, mais cela dépend beaucoup de la capacité du gestionnaire à prendre en main la situation et à rassembler tout le monde autour d’un objectif collectif », mentionne-t-elle.

Si le suivi individuel est primordial, les rencontres de groupe le sont tout autant, souligne Nathalie Parent. « C’est important de prendre un moment dans la semaine où les gens peuvent témoigner de ce qu’ils vivent. De cette façon, on développe l’empathie des employés et ils se montrent plus indulgents entre eux », expose-t-elle. Cela permet de partager ses émotions, une soupape au stress, poursuit la psychologue.

Le fait de comprendre la réalité de l’autre peut également aider à diminuer les conflits. Par contre, il faut faire montre de transparence et être équitable envers tout le monde. De même, Nathalie Parent recommande de prioriser les communications orales, plutôt qu’écrites, surtout pour aborder des questions délicates. Une façon d’éviter les erreurs d’interprétation!  

Miser sur l’équilibre

Tenter de conserver une part de plaisir, en organisant des 5 à 7 virtuels, en partageant des photos de son bureau ou en ajoutant une touche d’humour, peut également aider à entretenir le moral des troupes. Mais surtout, il faut se rappeler l’importance de maintenir un équilibre entre le travail et la vie personnelle, particulièrement en période de confinement, alors que la fatigue psychologique peut être intense. « Il ne faut pas oublier qu’un employé efficace réussit à décrocher et prendre des pauses », indique Nathalie Parent.

Il s’avère ainsi essentiel d’établir un cadre clair — et des attentes réalistes — permettant à chacun de faire le plein… et le vide régulièrement. « Alors que parfois, on peut prévoir un moment pour se ressourcer après un petit sprint, on ne sait pas combien de temps la situation actuelle va durer. Il faut donc refaire sa réserve d’énergie tous les jours », propose Ghislaine Labelle. Un conseil qui vaut tant pour les employés que pour leurs patrons!