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Streaming: quand les artistes chantent « Enough »!


Une poignée d'artistes de renommée lancent Tidal

03/04/2015

Les tensions entre artistes et producteurs entourant la propriété et l’exploitation des pièces musicales ne datent pas d’hier.  La dématérialisation de la musique, avec notamment l’avènement du format mp3 au milieu de la décennie 1995, de même que la mise sur pied de services de diffusion de musique en flux (streaming), n’aura fait qu’accentuer les tensions existantes entre ces protagonistes.  Au sein d’un marché musical désormais mondialisé, alors que la numérisation des contenus audios rend ces derniers de plus en plus fluides et accessibles, l’enjeu financier est de taille.  Des sites tels que Deezer, Napster, Rdio, Rhapsody, Google Play Music, Beats Musics ou Spotify comptent dans leur musicothèque plus de 30 millions de titres, et offrent aux mélomanes un accès total ou partiel à leur catalogue, moyennant des frais mensuels oscillant autour de dix dollars. Évidemment, plusieurs offres sont disponibles pour chacun de ces sites: fichier numérique de qualité variable, écoute hors ligne, accès aux clips vidéo des artistes, etc.

Une fois de plus, c’est autour de l’épineuse question de la rétribution des artistes que le bât blesse.  Combien les artistes reçoivent-ils, en termes de redevances, lorsque leur musique est diffusée sur l’une ou l’autre de ces plateformes? Combien devraient-ils recevoir?  Le site Nextinpact résume bien la guerre de chiffres que se livrent à ce sujet artistes et producteurs: « Selon les derniers chiffres du Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP), les artistes gagnent 0,68 euro sur les 9,99 euros d’un abonnement mensuel à un de ces services. L’ADAMI, qui défend les droits des artistes, évoque plutôt 0,46 euro pour les interprètes. Quand le SNEP explique qu’ils sont les gagnants du streaming, avec le plus gros bénéfice, l’ADAMI estime que « le talent de l’artiste génère 22 fois plus qu’il ne lui rapporte ». Dans les deux cas, les artistes interprètes gagnent au final moins de 10% de la part des abonnements, alors que ce dernier doit être la planche de salut du secteur. »

Et c’est précisément contre ce « moins de 10% » de redevances qu’une poignée d’artistes, avec le rappeur et producteur Shawn « Jay Z » Carter en tête, s’est élevée, plus tôt cette semaine.  En compagnie de poids lourds de l’industrie (Madonna, Beyoncé, Rihanna, Chris Martin de Coldplay, Daft Punk), Jay Z lançait le service de musique en continu Tidal (voir la vidéo en tête d’article).  Le but de Tidal? Comme le rapper le mentionne dans l’entrevue qu’il accordait cette semaine au magazine Billboard, la musique doit redevenir un produit de qualité, et non le produit de consommation courante qu’elle est devenue: « People are not respecting the music, and [are] devaluing it and devaluing what it really means. People really feel like music is free, but will pay $6 for water. You can drink water free out of the tap, and it’s good water. But they’re OK paying for it. It’s just the mind-set right now. »  Va pour le qualitatif!  Mais le quantitatif n’est évidemment pas très loin de la réflexion de Jay Z et de ses compères! Avec deux offres, l’une, minimale, à 9,99$/mois et l’autre, à 19,99$/mois, avec un son en haute fidélité et vidéo en haute définition, l’artiste se fait fort de verser une plus grande part des recettes générées par Tidal aux créateurs et aux actionnaires à parts égales de l’entreprise, à savoir les mêmes présents lors du lancement du site Internet.

Quelques interrogations subsistent toutefois… Combien d’artistes embarqueront dans le train de Tidal? Déjà, la jeune chanteuse Taylor Swift, en froid avec Spotify, a retiré son catalogue de ce dernier site pour traverser chez Tidal.  D’autres suivront-ils?  Et comment Tidal, avec son offre de qualité supérieure, pourra-t-il ébranler les champions du streaming, déjà bien établis? Comme le relevaient avec justesse Joëlle Bissonnette et Éric Brunelle dans nos pages (voir « Les modèles d’affaires à l’ère numérique: six pistes d’action pour favoriser la performance d’une entreprise »), les industries de la culture et de l’information, avec leurs produits intangibles, sont véritablement sur la ligne de front de la révolution numérique!  Une histoire à suivre!



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