La très élitiste institution bancaire accepte désormais les dépôts des modestes épargnants...

And isn't it ironic... don't you think! chantait Alanis Morissette, il y a déjà quelques années, air que je n'ai pu m'empêcher de fredonner à la lecture de la nouvelle annonçant que la banque Goldman Sachs, la vénérable et très élitiste institution de Wall Street, allait désormais accepter dans ses coffres l'avoir de millions d'Américains.

Une nouvelle ère pour Goldman Sachs

Goldman SachsComme le rapportait The Economist dans l'une de ses dernières livraisons (lire « From the 1% to $1 »), Goldman Sachs a en effet bouclé le mois dernier une importante transaction financière, à savoir l'acquisition du bras financier de la Genereal Electric, GE Capital. C'est ainsi 16 milliards de dollars de dépôts bancaires qui viennent s'ajouter aux quelque 88 milliards de dollars déjà déposés par les clients de Goldman Sachs dans les coffres de l'institution.

Cette transaction inaugure donc une nouvelle ère pour la banque d'investissement, une ère d'ouverture et de main tendue vers la citoyenne ou le citoyen américain « moyen », en termes d'avoirs financiers, s'entend. Plus besoin, désormais, posséder les 10 millions de dollars nécessaires à l'ouverture d'un compte chez Goldman Sachs! Des intérêts seront désormais versés aux épargnants sur tous les dépôts effectués à la GS Bank, la banque en ligne de Goldman Sachs, et ce peu importe la taille du solde du compte!

Redorer son blason quelque peu terni...

Deux principales raisons peuvent expliquer cette initiative quelque peu surprenante, on en conviendra, de la Goldman Sachs. Dans un premier temps, comme le souligne Renae Merle dans son article « Why Goldman Sachs suddenly wants to work for average people », publié sur le site Internet du Washington Post, la banque d'investissement a, sans mauvais jeu de mot, un blason à redorer auprès de la population américaine depuis la sérieuse crise financière de 2008-2009. Goldman Sachs, à l'instar de ses consœurs de Wall Street, continue d'être pointée du doigt pour cette débâcle dont des centaines de milliers d'Américaines et d'Américains ont eu à subir, parfois à la dure, les conséquences. Cette avancée vers les petits épargnants se voudrait donc, selon certains observateurs, une tentative de rendre la banque plus accessible et transparente auprès de ces derniers.


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D'autre part, le marché bancaire évolue à vitesse grand V depuis quelques années, et les modèles d'affaires qui prévalaient dans ce secteur sont en bouleversement, un tourbillon qui n'épargne aucune institution financière. L'arrivée, dans ce domaine d'affaires précis, de services financiers en ligne vient réduire sensiblement la part du gâteau pour les banques dites traditionnelles. La Goldman Sachs a en effet affiché une baisse de ses profits au cours des quatre derniers trimestres, signe que les choses vont peut-être moins rondement pour la banque, et cette dernière chercherait donc à diversifier ses sources de revenus. En ouvrant ainsi ses coffres à la masse des clients et des épargnants américains, et non plus seulement au 1 % de la population rassemblant les plus fortunés, Goldman Sachs pourra éventuellement compter sur un apport supplémentaire et significatif de capital, permettant à la banque, selon ses dirigeants, de se prémunir des éventuels manques de fonds qui ont failli causé sa perte lors de la crise financière de 2008-2009.

Reste à voir si Goldman Sachs pourra gérer cette nouvelle donne, elle qui a l'habitude de transiger avec les mieux nantis de ce monde. Saura-t-elle relever le défi de plaire aussi au citoyen ordinaire? Réponse dans quelques mois!