Vous arrivez à cette rencontre d’équipe de bonne humeur, prêt à attaquer ce projet important. Au bout d’une heure, vous en ressortez préoccupé, la respiration moins fluide. Contagieux, le stress de vos collègues? Comment l’apprivoiser ensemble?

 À chacun son réservoir d’adaptation

On oublie souvent cette évidence : tout le monde n’a pas la même résistance au stress. Dans une équipe, se le rappeler permet de s’adapter et de favoriser une plus grande harmonie, déliant dès le départ un nœud de tension. «Le seuil de tolérance au stress varie d’un individu à l’autre, la courbe de stress est personnelle selon ce qu’on vit», souligne Mouna Knani, professeure adjointe au Département de gestion des ressources humaines à HEC Montréal. «Je peux être exposée à un stress aigu et bien fonctionner, alors qu’un collègue vivra le même événement de manière très différente. Cette variabilité de réactions au stress ajoute au défi de travailler en équipe.» Par ailleurs, si les tempéraments anxieux vivent plus difficilement les périodes de stress élevé, il ne faut pas oublier qu’ils possèdent une force intrinsèque également utile : celle d’anticiper le risque.

Le gestionnaire devrait donc moduler les objectifs, réalistes, spécifiques et acceptables, selon ce qu’il connaît de chacun de ses employés. Chacun a une vitesse de croisière propre face à l’adaptation. D’autre part, un chef d’équipe contribue à réguler le sentiment de stress tant par sa manière à le gérer lui-même que par sa capacité à être attentif aux signaux de détresse autour de lui. «Faites le tour des bureaux! Approchez-vous de vos employés et sachez reconnaître un changement d’humeur ou de comportement», suggère la spécialiste des pratiques favorisant un environnement de travail sain. Et puis, «nourrissez la solidarité, n’encouragez pas une concurrence qui pourrait s’avérer malsaine.»

Quant aux collègues, ils ont aussi leur rôle à jouer afin de rendre les situations stressantes viables. «Que ce soit par l’écoute active, la reconnaissance d’un bon coup, l’humour ou l’invitation à marcher sur l’heure du dîner, ces pratiques informelles contribuent à alléger le stress entre les membres d’une organisation», explique Mouna Knani, précisant que l’employé accablé aura tendance à se mettre en retrait et à s’isoler.

Soutien et communication, de formidables piliers

Généralement, l’équipe est un excellent appui permettant de traverser les périodes de déséquilibre causées par le surmenage, l’effervescence ou les changements, si ses membres misent sur l’entraide mutuelle. La qualité du soutien est un indicateur puissant de la capacité d’un individu à rebondir face à l’adversité. Encore faut-il que les collègues et le supérieur entendent l’alarme, note Ghislaine Labelle, CRHA, conférencière et médiatrice accréditée : «Est-ce qu’il y a des comportements qui ont changé chez cette personne? Si oui, j’ouvre la discussion, c’est le premier niveau d’intervention. Dans une attitude de disponibilité et d’accueil, j’approche ainsi mon collègue ou employé : “Je suis préoccupée, car je constate que…”» Aussi, mieux vaut aborder les sujets délicats de façon générale. «Demander à ses employés de situer son bien-être sur une échelle de 1 à 10 risque de susciter davantage de réponses que de questionner directement sur les enjeux de santé mentale», recommande la conférencière.

Les signaux d'alarme

Changements de l’état psychologique et du comportement : irritabilité, isolement

Malaises physiques : maux de dos, maux de tête, fatigue, malaises intestinaux

Absentéisme

Concrètement…

  • Ce collègue ponctuel, qui, désormais, cumule les retards
  • Ce collègue, habituellement conciliant, qui s’impatiente fréquemment depuis quelque temps
  • Ce partenaire d’équipe, qui s’isole de plus en plus dans son bureau, porte fermée

En devenant conscient des difficultés d’un employé vivant une période de vulnérabilité, il est possible de s’ajuster et de réduire ses attentes. «Mais attention! Pour éviter les sentiments d’injustice au sein de l’équipe, il faut annoncer les ajustements avec transparence tout en respectant la confidentialité. Le gestionnaire devrait expliquer que c’est de sa responsabilité de veiller au bien-être de ses employés avec équité, et que chacun pourra profiter, lorsque besoin, d’un allègement quelconque.» Le piège, précise Ghislaine Labelle, c’est de se laisser influencer par ceux qui trouvent toujours leurs tâches trop lourdes, laissant frustrés ces collègues qui mettent continuellement les bouchées doubles.

La médiatrice suggère également le concept de binôme, une manière de gérer le stress ensemble. «C’est un contrat moral entre deux coéquipiers qui se sentent à l’aise de se prévenir si le comportement de l’autre change. Une approche d’entraide que les superviseurs devraient aussi adopter entre eux! Ils ont souvent tendance à éviter d’aborder leur vulnérabilité, mais rien de tel que de donner l’exemple.»