2017, le cours boursier du bitcoin s’est multiplié par vingt avant de plonger. À quoi peut-on attribuer cette volatilité ? Devrions-nous écouter le chant des sirènes ou garder précieusement nos huards ? Pour répondre à ces questions, Gestion s’est entretenue avec Alexandre F. Roch, professeur au Département de finance de l’Université du Québec à Montréal.

L’origine de cette cryptomonnaie, qui remonte déjà à près de 10 ans, est quelque peu mystérieuse. Une personne – ou un groupe de personnes : personne ne le sait vraiment – connue sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto aurait élaboré ce concept.

L’engouement manifesté à l’endroit du bitcoin, auquel les médias ont fortement contribué au cours des deux dernières années, repose entièrement sur une conjecture. Il s’agit en fait d’un phénomène psychologique qui a poussé divers investisseurs à s’y intéresser.

Si les possibilités offertes par cette monnaie virtuelle n’étaient pas évidentes auparavant, elles le sont devenues aujourd’hui. C’est la raison qui explique cet engouement : on achète et on vend avec des bitcoins justement parce qu’il y a des raisons de le faire et parce que c’est pratique.

Par ailleurs, certains partisans du bitcoin laissent parfois entendre qu’il s’agit d’une forme de rébellion contre le système financier actuel, d’une façon de s’affranchir des banques et des gouvernements, mais c’est une chimère. Tant que l’économie tout entière ne reposera pas exclusivement sur cette cryptomonnaie, tant que les citoyens comme vous et moi utiliseront les monnaies frappées par les banques centrales, le bitcoin continuera d’être ce qu’il est : une monnaie parmi tant d’autres. Et il est faux de prétendre, comme on l’entend à l’occasion, que le bitcoin offre une protection contre l’inflation : c’est une utopie. Aucune théorie économique ne vient étayer cette affirmation.

Il est tout aussi loufoque de penser que le bitcoin peut échapper à n’importe quelle forme de contrôle de la part des États. Au Canada, les tribunaux ont jugé que, dans certains cas, les cryptomonnaies pouvaient être considérées comme des actifs et qu’elles étaient donc soumises à la réglementation en vigueur. L’État dispose déjà de certains outils pour encadrer cette nouvelle technologie, mais il demeure que le législateur devra proposer et adopter une définition claire du bitcoin et des cryptomonnaies.

Entre-temps, le bitcoin continue à incarner bien des rêves et, avouons-le, à stimuler un certain appât du gain. Pourtant, bien des gens ont perdu des plumes en investissant dans cette nouvelle monnaie virtuelle. Le fonctionnement de base du bitcoin n’est pas toujours bien compris, ce qui peut poser de nombreux risques lorsqu’on n’a pas les connaissances nécessaires.

Propos recueillis par Eléonore Genolhac, édimestre et rédactrice web à Gestion HEC Montréal