Et si les entreprises adoptaient un modèle progressiste, créateur de valeur, tant pour elles-mêmes que pour la société? Bien que certains considèrent cette idée comme une utopie, elle constitue néanmoins le germe d’une nouvelle réalité porteuse de sens.

La création de valeur est traditionnellement associée à la capacité d’une entreprise à accroître sa productivité et à favoriser la croissance au profit des investisseurs et des actionnaires. Est-ce encore viable aujourd’hui? La crise sanitaire est venue souligner l’urgence de considérer le succès d’une entreprise « avec » la société et non au détriment de celle-ci.

Car le monde actuel, dominé par la recherche de performance économique, a fait émerger deux solitudes. D’un côté, on retrouve des dirigeants d’entreprise uniquement orientés vers les résultats financiers. De l’autre, une multitude d’individus préoccupés par l’iniquité des rémunérations stratosphériques de certains dirigeants et l’impact des opérations sur l’environnement. Confrontés aux changements climatiques et à la surconsommation, nombreux sont ceux qui ne font plus confiance ni au système ni aux institutions.


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Force est de constater que le modèle traditionnel est à bout de souffle. Sa fragilité nous est apparue comme une évidence dès les premiers jours de la crise sanitaire. En l’occurence, il est urgent de réconcilier ces deux solitudes et que les entreprises jouent un nouveau rôle : créer des ponts avec la société dans sa globalité.

Une piste de solution à explorer

Une recherche publiée en 2011 dans Harvard Business Review marquait déjà le début d’une nouvelle ère, les auteurs soutenant à l’époque que les entreprises ne pouvaient plus prospérer au détriment des communautés dans lesquelles elles opèrent. Elles doivent plutôt redéfinir leur raison d’être pour créer une valeur partagée avec le reste de la société. Autrement dit, il leur faut répondre à la fois aux enjeux économiques, environnementaux et sociaux actuels, en adoptant le modèle de l’entreprise progressiste. Ce terme évoque non seulement le progrès, mais aussi la justice, l’équité ainsi que la mobilisation.

D’ailleurs, la population se tourne de plus en plus vers les dirigeants d’entreprise pour favoriser le changement. Le pourcentage de Canadiens qui estime que les chefs de la direction doivent prendre l’initiative a augmenté de 2018 à 2020, passant de 68% à 80%1. Et ils ont raison de miser sur eux. Car pour qu’une entreprise puisse prendre le virage progressiste, il faut d’abord qu’elle ait à sa tête un homme ou une femme avec des convictions profondes et un discours fort. Comme Sophie Brochu, aujourd’hui PDG d’Hydro-Québec qui a déclaré publiquement il y a quelques années qu’elle prônait « un monde plus égalitaire, plus conciliant, dans un capitalisme plus doux et plus humain, quitte à laisser aller quelques points de rendement pour les entreprises »2 . Un discours qui détonne dans le monde des sociétés publiques axées sur les rendements trimestriels.

Des modèles inspirants

L’entreprise progressiste cherche à créer de la valeur pour toutes ses parties prenantes, qu’on peut classer en cinq grandes catégories : les clients, les employés, les fournisseurs, les actionnaires et les citoyens, aussi bien ceux de la communauté immédiate que de la planète. D’ailleurs, des entreprises connues de tous font figure de proue depuis longtemps – avec de bons résultats financiers! – Ben & Jerry’s, Patagonia ou Danone, par exemple.

Les PME ont aussi le pouvoir de changer les choses et d’emprunter la voie progressiste. Plus près de nous, Prana en est un exemple éloquent. Basée à Ville Saint-Laurent, cette entreprise qui fabrique des collations assure une gestion qui inticipe un impact positif sur la santé des gens et de la planète. Cela constitue sa raison d’être, et toutes ses stratégies sont articulées autour de celle-ci. Les cofondateurs croient en une économie socialement responsable, où les entreprises se dotent de valeurs humanistes et utilisent toutes les activités de conception, de production, de distribution et de consommation, comme autant de moteurs de changement. En ralliant les intérêts de toutes ses parties prenantes, Prana, en plus d’être très inspirante, connaît un succès remarquable. Comme quoi, résultats financiers, préoccupations sociales et environnementales peuvent aller de pair et mener au succès!

Nous avons tous le pouvoir d’agir

Nous avons une conviction profonde : une organisation va aussi loin que ses leaders acceptent de se remettre eux-mêmes en question et d’évoluer.

Plus que jamais, il est essentiel de mettre en lumière le travail des leaders qui font bien sûr une différence pour leurs actionnaires, mais aussi pour leurs employés, leurs fournisseurs, leurs clients et la société en général. Des leaders qui se mettent au service de l’ensemble des parties prenantes, des servant leaders – pour reprendre l’expression anglaise – qui prônent des valeurs d’humanisme et d’engagement, de solidarité et de générosité. D’ailleurs, la crise a révélé de nombreux exemples, pensons notamment à ces entreprises qui ont cessé leur production habituelle pour fabriquer des masques.

Nous traversons une période cruciale. La crise actuelle, qui fort heureusement tend à s’atténuer, nous a placés face à nos responsabilités et il est clair que l’entreprise a un rôle important à jouer pour combler les failles de notre modèle de développement, réagir face à l’injustice, être plus équitable, plus responsable.

Pour répondre aux défis d’aujourd’hui, les leaders doivent avoir bien plus que la réussite économique de leur organisation dans leur ligne de mire. Ils doivent mettre leur ambition, leur talent et leur leadership au service de la communauté, et en même temps connaître le succès économique. Il faut l’un ET l’autre et non l’un au détriment de l’autre. Car pour contribuer au bien-être de la communauté et de notre planète, on doit bien évidemment créer de la prospérité.

Qu’on la désigne comme une entreprise humaniste, responsable, progressiste ou qu’on parle de purpose economy, ce n’est pas l’appellation qui compte mais plutôt de réussir à allier prospérité économique et utilité sociale.

Avez-vous déjà pensé à la façon dont votre entreprise pourrait créer de la valeur pour toutes ses parties prenantes? Les dirigeants savent résoudre des problèmes et prendre des décisions. Ils ont le talent et le pouvoir de s’adapter. Ils ont le pouvoir et le devoir de changer les choses pour construire un monde meilleur. C’est le moment idéal pour y réfléchir...

 

Notes:

1 Baromètre de confiance Edelman 2020.

2 Allocution, Cercle canadien de Montréal, 13 février 2017.