En milieu de travail, certaines personnes adoptent des comportements qu’on peut qualifier de difficiles. Parmi les différents types observés, quatre ressortent particulièrement du lot. Voici comment identifier et mieux composer avec des comportements narcissiques.

 Dans la mythologie grecque, Narcisse, fils d’un dieu et d’une nymphe, est un jeune homme d’une grande beauté, mais vaniteux. Il tombe amoureux de son propre reflet, aperçu à la surface d’une source où il venait se désaltérer. Ne pouvant cesser de s’admirer, obsédé par son image, il finit par dépérir et mourir. À cet endroit pousse une fleur blanche qui porte son nom.

Le culte du moi

 À l’image du Narcisse de la légende, le type narcissique se caractérise par le culte du moi et une exagération de ses propres talents. Parlant de lui constamment, ce type d’individu ne cesse de mettre en lumière ses accomplissements, ses diplômes et son réseau de contacts. Ses moindres faits et gestes sont motivés par la recherche d’admiration et de valorisation. « Tout se rapporte à lui, il veut être le centre d’attention, il recherche l’admiration et les compliments. Il éprouve un grand besoin d’être validé et adulé par les autres et il est également très habile à se faire valoir », illustre Estelle Morin, professeure titulaire au Département de management à HEC Montréal et membre du Consortium de recherche sur l’intelligence émotionnelle appliquée aux organisations.

Pour parvenir à ses fins, le type narcissique maîtrise l’art de la séduction. Durant les premiers mois de ses interactions avec une personne, il travaillera à gagner sa confiance, à la convaincre qu’il est un être admirable et, surtout, qu’elle peut compter sur lui. C’est lorsqu’il a l’assurance qu’elle lui fait confiance que les choses se gâtent : ce sentiment de sécurité le pousse à sauter sur les occasions de tirer profit de cette relation, même d’abuser de sa confiance. Ce grand manipulateur sait en effet comment profiter d’autrui pour satisfaire ses propres besoins, voire s’approprier ses idées et le résultat de son travail, puis de s’en attribuer tout le mérite.

Animé par un grand besoin d’admiration, il est aussi incapable de se mettre à la place des autres : le manque d’empathie qui le caractérise le conduit à ne pas se rendre compte des effets toxiques de ses comportements en plus de ne pas savoir se remettre en question.

Derrière sa façade de supériorité et de toute-puissance se cachent des sentiments d’infériorité et de honte. Quand il dénigre les accomplissements des autres, c’est pour détourner l’attention de ses faiblesses. Cet ego surdimensionné cache ainsi une grande fragilité : une faible estime de soi et une profonde immaturité.

Aussi, lorsque le masque craque et qu’il perd la face ou est en bute aux critiques, il peut réagir avec une grande agressivité, car cela ravive la honte et l’humiliation qui ont donné lieu à ses penchants narcissiques. « Ils n’ont pas de filtre pour la méchanceté. Ils ne savent pas résister à leur agressivité et peuvent se montrer très cruels », souligne Estelle Morin.

Développer l’estime de soi

 La professeure indique qu’il existe souvent une certaine omerta autour des comportements narcissiques, car il n’est pas rare que ces grands manipulateurs réussissent à décrocher le rôle d’ambassadeur de l’entreprise, puisqu’ils adorent être au premier plan et sous la lumière de projecteurs. Néanmoins, ils sont rarement à la hauteur des attentes et ne remplissent pas leurs promesses. Très contrôlants, ils vont cependant s’assurer que nul ne voit ce qui se cache derrière leur ego surdimensionné, et gare à ceux qui émettent des commentaires négatifs à leur endroit!

Comment gérer ce type de personnalité au travail? Tout d’abord, en ne se laissant pas impressionner par cet individu qui se met constamment en avant, mais qui, somme toute, déplace beaucoup d’air et produit peu de résultats.

Par ailleurs, la clé réside dans le développement de l’estime de soi. N’oublions pas que si le type narcissique manipule les autres pour qu’ils fassent le travail à sa place, c’est aussi parce qu’il sait, confusément, qu’il ne serait pas capable de le faire… « Il faut l’aider à tirer de la fierté des choses qu’il aura accomplies par lui-même, ce qui vient nourrir son estime de soi », conseille Estelle Morin.

De plus, parce qu’il est convaincu de sa supériorité, le type narcissique a tendance à croire qu’il est au-dessus des règles. On doit donc établir les limites, les énoncer le plus clairement possible, sans tenter de les justifier ni faire débat. On valorisera par exemple le respect de la parole et des engagements.

Adopter une approche collaborative en stimulant l’introspection et l’empathie est un moyen de gérer la relation avec lui. Attention également à ne pas trop faire valoir vos propres réussites, pour ne pas exciter son envie.

Il n’est pas facile de côtoyer un type narcissique en milieu de travail et le doigté est de mise. Même s’il fait partie de la portion plus sombre du spectre des types toxiques, il demeure néanmoins plus facile à réhabiliter, car sa motivation première est d’être accepté et reconnu par les autres.