En milieu de travail, certaines personnes adoptent des comportements qu’on peut qualifier de difficiles. Parmi les différents types observés, quatre ressortent particulièrement du lot. Voici comment identifier et mieux composer avec des comportements machiavéliques.

 À l’extrémité sombre du spectre des comportements toxiques, on retrouve les plus ténébreux : les comportements machiavéliques. Ce dénominatif est inspiré de Nicolas Machiavel, homme politique et philosophe florentin de la Renaissance, auteur du célèbre ouvrage Le Prince, qu’il a dédié à Laurent II de Médicis. Cette œuvre majeure de la science politique qui a traversé les époques se voulait un guide destiné à l’usage des princes, mais elle a longtemps été mal comprise et qualifiée par plusieurs d’immorale. Par extension, le nom de Machiavel a donc donné le terme « machiavélique », associé à une attitude cynique, perfide, usant d’intrigues, de ruses et de mensonges pour parvenir à ses fins.

« Le Prince de Machiavel est fréquemment enseigné dans les écoles de commerce et interprété comme une leçon de pouvoir. Or, on oublie qu’il s’agit plutôt d’une critique et d’une dénonciation des agissements de ceux qui détiennent et exercent le pouvoir », rappelle Estelle Morin, professeure titulaire au Département de management à HEC Montréal et membre du Consortium de recherche sur l’intelligence émotionnelle appliquée aux organisations.

Une absence de conscience morale

 Le type machiavélique présente plusieurs caractéristiques qui lui sont propres. Ainsi, il a une vision cynique de la vie en société. À ses yeux, l’entreprise est une jungle dans laquelle se côtoient des proies et des prédateurs. Nul besoin de préciser qu’il fait partie de la deuxième catégorie… À l’aise dans les milieux de pouvoir, de politique et d’argent, là où il y a peu de surveillance des comportements, il est essentiellement animé par la recherche de puissance, contrairement au type narcissique qui, lui, est plutôt en quête d’admiration. À cet égard, le monde politique nous fournit des exemples éloquents.

« Le type machiavélique repose sur l’absence de conscience morale. Dans ce sens, il est extrêmement difficile, voire impossible à réhabiliter. Si on lui fait valoir que “ce n’est pas bien”, c’est comme si on se rangeait dans le camp des faibles. C’est un individualiste pur et dur, et pour lui, tous les moyens sont bons pour atteindre le but qu’il s’est fixé », constate Estelle Morin.

Possédant une grande maîtrise de lui-même, contrôlant ses impulsions, il sait attendre le bon moment pour passer à l’acte de façon à ne jamais être pris en défaut ou la main dans le sac.

Expert dans l’art de la manipulation, il sait séduire ses victimes et parler leur langage pour mieux les apprivoiser et leur sembler familier. Mais attention, car chacun de ses agissements est orienté de façon stratégique, et il ne tolérera aucune entrave dans l’atteinte de ses objectifs.

Advenant le cas où certains tenteraient d’exercer une surveillance de ses agissements, il s’arrangera pour cibler leurs faiblesses afin de les réduire au silence. Il est aussi très habile à lancer des rumeurs pour nuire à ceux qui oseraient se mettre en travers de son chemin.

Se protéger du machiavélique

Est-il possible de survivre à un type machiavélique? Oui, si l’on se rappelle que chez cet individu, tout est calculé. Idéalement, il ne faudrait jamais le rencontrer seul et on devrait documenter chacune de nos interactions avec lui pour garder des traces de nos échanges. Et surtout, on ne lui révèle rien de personnel. « Les types machiavéliques sont très doués pour nous faire parler de notre vie privée, puis de s’en servir comme des armes contre nous », prévient Estelle Morin. C’est aussi la raison pour laquelle il faut tâcher de passer le moins de temps possible en leur présence, de fixer des limites claires et de pratiquer une certaine forme de détachement. En outre, ce qui se passe au bureau devrait rester au bureau, afin de ne pas ramener le climat toxique à la maison.

Comment un cadre peut-il composer avec un type machiavélique dans son équipe? « Il est possible qu’il ait tout bonnement “hérité” du problème, qu’un autre département lui ait transféré cet employé. Sinon, cela signifie que les comportements machiavéliques ont été tolérés jusque-là. Dans les deux cas, il faut impérativement cesser d’accepter ces agissements, mettre un terme au manque de respect et de civilité », conseille Estelle Morin.

Par ailleurs, l’organisation doit s’efforcer d’offrir aux travailleurs affectés par les personnalités toxiques un espace où ils pourront parler, être écoutés et apprendront à se protéger. Le département des ressources humaines a un rôle à jouer, mais aussi le programme d’aide aux employés, en fournissant notamment du soutien psychologique.