Au cours d’un [email protected] qui s’est tenu le 20 février dernier, le pôle Mosaic HEC Montréal a mis en lumière le rôle de dépisteur de talent en compagnie du pétillant André Faleiros, chasseur de tête en chef au Cirque du Soleil. Comment trouver, cultiver, accompagner un talent ? Comment, au cœur du recrutement, innover en liant le développement de l’entreprise à celui de l’individu ? Tour de piste.

« A l’heure où l’on tend à étiqueter les gens, le talent est plus que jamais un cheminement », explique celui qui - plus jeune - se voyait étudier à Concordia pour embrasser une carrière de musicien. La nature évolutive des êtres humains est le paramètre majeur au cœur de la stratégie de recrutement mise en place par le chef du dépistage au Cirque du Soleil. « On change, les êtres humains sont des mutants », enchaine-t-il.

Lui-même repéré par un dépisteur pour ses talents de bassiste et de compositeur, c’est en tant qu’artiste qu’il fait ses premiers pas sous le chapiteau.  On lui proposera en 2008 de sauter le décor pour intégrer l’équipe de dépistage, dont il prendra les rênes trois ans plus tard.

Semer la graine…

Le Cirque du Soleil, c’est actuellement 1500 artistes actifs. Tout un petit monde à gérer à l’aide d’outils bien calibrés, au premier rang desquels on retrouve les techniques de détection. Un réseau puissant de contacts s’avère, sur ce point, indispensable : « On veut dénicher les talents dont on a besoin dans l’immédiat pour des remplacements, mais on veut également mettre la main sur ceux que l’on ne cherche pas », confie André Faleiros, en évoquant l’embauche d’artistes sur échasses découverts au Togo et dont le cirque n’avait à priori pas besoin.

Et avec plus de 60 voyages par an, l’entreprise ne lésine pas sur les moyens de débusquer des performeurs différents. Aussi faut-il les « cultiver ». Miser du temps et de l’argent à la préparation d’un talent avant son entrée au Cirque s’avère en effet payant, selon le brésilien : « le retour sur l’investissement peut prendre du temps mais s’il faut agir selon ses objectifs aux 100 jours, il faut aussi le faire selon ses objectifs aux 1000 jours », estime-t-il. Ainsi, deux chanteuses espagnoles nouvellement engagées au cirque l’ont été grâce à un travail de préparation entrepris en 2012.


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…la faire germer

Une fois à bord, l’accompagnement se poursuit, le développement de l’artiste est continu. C’est à ce niveau, plus qu’à un autre, que l’approche d’André Faleiros se distingue de celle d’un chasseur de tête classique : quand vient le besoin de remplacer un talent sortant, il se tourne en premier lieu vers l’interne. Un membre du cirque peut-il relever le défi, ne fut-ce que partiellement ? Peut-il apporter autre chose au numéro ? Banco. Plus qu’un trou à combler, les départs sont des occasions de repenser le show, tout en répondant au développement professionnel des individus.

En soutien à ce principe, le mentorat. « Il ne s’agit pas de trouver une job au talent mais de le faire aller où il le désire ». Motiver, titiller, proposer des buts hors de portée sont notamment des moyens de mettre les artistes au défi et de les inspirer.


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Et de conclure en prenant l’exemple de Mosaic dont l’école d’été l’année dernière a généré d’intenses foisonnements entre Montréal, Barcelone et Berlin. « Comment un groupe de punk a-t-il réussi à monter un projet comme ça ? » lance-t-il en riant aux deux co-directeurs du pôle Créativité & Innovation de HEC Montréal.

La réponse résume seule la philosophie du dépistage : l’individu possède des habiletés insoupçonnées. La clé du succès est de lui permettre de les révéler.