Innover

La mutation de l’industrie automobile I


L'american way of life serait-il en déroute?

07/01/2016

NoteOn imagine encore mal l’ampleur du choc à venir, mais il vaut mieux s’y préparer, car l’onde approche, et à vitesse grand V. La voiture autonome, dont on nous promet l’arrivée progressive d’ici à la fin de l’actuelle décennie, va révolutionner bien des choses. Et les grandes corporations de ce monde ont bien senti l’appât du gain. Certains, du domaine de l’automobile ou pas, ont déjà poussé leur pions en avant sur l’échiquier, tels Toyota, Google (voir la vidéo en tête d’article), Apple, Tesla, pour ne nommer que ceux-ci.

Mais au-delà de l’enjeu commercial, indéniable, de ce nouveau domaine d’affaires en émergence, les enjeux culturels ne sont certes pas à négliger. Certains prophètes, comme le chroniqueur du Wall Street Journal Dan Neil, y vont même d’audacieuses visions : l’abandon progressif de la propriété d’un véhicule automobile (lire son article « Could Self-Driving Cars Spell the End of Ownership? »). La chute d’un pan de l’american way of life, rien de moins!

Voitures par 1 000 habitantsLe raisonnement à la base de cette prédiction tient essentiellement à une incroyable statistique. Tel que le rapporte Dan Neil, le taux d’utilisation de la voiture aux États-Unis est un maigre… 5 %! C’est donc à dire que nos voisins américains n’utilisent, dans les faits, leur voiture en moyenne seulement 72 minutes quotidiennement. Faites un calcul rapide : une voiture est donc au repos durant 23 heures et quarante-cinq minutes. Dans les faits, tous savent que la voiture est probablement le pire investissement que l’on puisse faire. Un véhicule neuf perd une bonne partie de sa valeur dès que l’on franchit le stationnement du concessionnaire. Et tout cela sans parler des frais directs (l’entretien, les réparations, l’essence, les assurances, etc.) et indirects¹ associés à la possession d’une voiture. Multiplions finalement le tout par le nombre de véhicules sur nos routes (voir le tableau ci-contre) : on obtient ainsi des montants faramineux qui seraient sans doute mieux utilisés ailleurs…

exergueBref, ce que l’arrivée éventuelle de la voiture autonome laisse entrevoir, c’est la chute inéluctable d’un modèle d’affaires basé sur la possession d’une voiture et son remplacement par un nouveau modèle d’affaires qui générera de la valeur par l’utilisation qui sera faite d’un véhicule. « You don’t pay for the car. You pay for the miles. And only the miles. », nous prédit Dan Neil. Ce modèle d’affaires existe déjà, les utilisateurs de Communauto ou Car2Go, par exemple, le connaissent bien. La voiture autonome, quant à elle, viendra vous chercher là où vous le souhaitez et vous laissera à vos pensées pendant qu’elle vous mènera à bon port. Et cette utilisation « à la carte » de l’automobile pourrait collectivement rapporter gros. Selon un analyste de la firme Morgan Stanley cité dans l’article de Dan Neil, les gains en productivité (moins de bouchons, moins de pollution, un parc automobile corrélé à la taille du marché, etc.) pourraient s’élever à 1,5 trillion de dollars aux États-Unis et à 5,6 trillions de dollars à l’échelle du globe.

On peut certes aussi prédire que dans quelques décennies pas si lointaines, on jettera un regard amusé sur notre époque marquée par la toute-puissance de l’automobile! Souhaitons-le, en tout cas!

Demain : Deux géants s’unissent pour affronter la tempête!

¹ Lire l’article de Leigh Kamping-Carder intitulé « The Parking Premium: How Mega-Size Garages Affect Home Prices », sur le site Internet du Wall Street Journal.      



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