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Innovation : les vrais empêcheurs de tourner en rond

Innovation : les vrais empêcheurs de tourner en rond


Repenser le Québec au Forum Culture + Numérique

28/03/2017

« Si on se dit que le média social, cʼest Facebook; les vidéos en ligne, cʼest YouTube et que le moteur de recherche, cʼest Google : on est foutus! », a plaidé avec verve lʼentrepreneur-vedette Alexandre Taillefer en ouverture de la première édition du Forum Culture + Numérique qui a eu lieu les 21 et 22 mars derniers au Digihub à Shawinigan. Si tous sʼentendaient pour valoriser lʼambition, beaucoup ont par ailleurs émis des doutes sur la pertinence de créer de nouveaux géants du Web « à la sauce québécoise ».

quote-noir-left Quand quelquʼun vient me dire quʼil veut faire un YouTube québécois, je lui dis « Non »! Le YouTube pour le Québec, cʼest YouTube… quote-noir-right

Le Québec manque dʼambition. Les chefs de file de lʼindustrie numérique et culturelle le répètent volontiers dès que la question leur est posée. En ce sens, lʼonde de choc Taillefer trouve vite écho chez les gestionnaires de lʼindustrie culturelle présents au rendez-vous numérique. « On ne peut pas se permettre au Québec de manquer dʼambition », rappelle avec conviction Suzanne Gouin, présidente du Conseil dʼadministration du Printemps numérique et ex-PDG de TV5 Québec Canada.

Innovation : les vrais empêcheurs de tourner en rondPour plusieurs toutefois, la solution proposée par Taillefer en conférence dʼouverture paraît inadéquate. Selon eux, la création de plateformes destinées à remplacer les GAFA (Google, Apple, Facebook ou Amazon) dans la province est un pas dans la mauvaise direction. « Avec tout le respect que jʼai pour Alexandre [Taillefer], cʼest faux de dire quʼil faut une seule plateforme pour les Québécois! », confie à Gestion, Sylvain Carle, un ancien développeur aguerri de Twitter à San Francisco.

« Quand quelquʼun vient me dire quʼil veut faire un YouTube québécois, je lui dis « Non »! Le YouTube pour le Québec, cʼest YouTube… », déclare celui qui est aussi associé chez Real Ventures, un fonds de capital de risque en technologie prêtant parfois jusquʼà 750 000 $ aux start-ups novatrices qui ont de la gueule comme Frank + Oak, Beyond the Rack ou encore Busbud. Oui pour lʼambition, non pour lʼimitation donc.

Si par contre un jeune entrepreneur lʼapproche avec des rêves de grandeur et quʼil veut sʼinspirer du succès de YouTube, Sylvain Carle répond présent : « Si tu veux faire quelque chose dʼunique au monde, et que tu mets la barre haute, je vais tʼécouter… », reconnaît-il.

quote-noir-left Les industries qui ont largement bénéficié de subventions du gouvernement ne sont pas toujours les meilleures pour se réinventer. quote-noir-right

Culture de la subvention

Au cours des deux jours, de nombreux intervenants ont par ailleurs fait remarquer que les entreprises culturelles sont souvent subventionnées. Notre situation minoritaire en Amérique du Nord pousse les gouvernements à aider plusieurs joueurs majeurs de cette industrie. Une contribution essentielle au rayonnement de la culture qui faisait sans contredit lʼunanimité chez les participants au Forum Culture + Numérique, même si de nombreuses voix se sont élevées pour émettre des doutes sur cette façon de faire qui nʼest pas toujours la meilleure pour susciter lʼinnovation.

Innovation : les vrais empêcheurs de tourner en rond« Il faut continuer à soutenir lʼaffirmation identitaire au Canada et au Québec. LʼÉtat doit continuer de développer et de soutenir des programmes destinés à ce secteur », pense Glenn OʼFarrell, président et chef de la direction de Groupe Média TFO. Le grand patron de la télévision franco-ontarienne admet cependant que le système de subvention a ses défauts. « Les industries qui ont largement bénéficié de subventions du gouvernement ne sont pas toujours les meilleures pour se réinventer. Or, le statu quo doit toujours être remis en question… », précise Glenn OʼFarrell.

« Notre culture, voire notre langue, peut nous empêcher de voir lʼurgence de la situation, note au passage Suzanne Gouin qui connaît bien ce secteur. Le milieu de la culture est très appuyé par divers organismes gouvernementaux. Conséquence, quand vient le temps dʼinnover, celui-ci tend à sʼy référer par tradition, et par mécanisme, puisque le gouvernement a toujours été là pour les aider. Cʼest normal, cʼest un réflexe. »

Lʼeffort plutôt que lʼargent

Clément Laberge, entrepreneur en éducation, culture et technologie, va encore plus loin. L’ex-VP et ex-DG de De Marque est déçu que le milieu culturel ne se parle pas assez et refuse trop souvent encore de faire des concessions à la même table pour agir. Il en veut particulièrement à ceux qui exigent plus dʼargent du gouvernement avant dʼeffectuer leur propre examen de conscience.

« Commencer par demander de lʼargent est un piège! Lʼargent est surtout associé à des règles. Or, souvent, le vrai obstacle est caché exactement là [dans les règles] plutôt que dans la quantité dʼargent reçue. On devrait sʼempêcher de parler dʼargent pour pouvoir voir en face ce qui nous empêche vraiment dʼinnover », insiste-t-il, suscitant dans la salle la seule salve dʼapplaudissements du forum.



2 réflexions sur « Innovation : les vrais empêcheurs de tourner en rond »

  1. hubert Denis Kalonji says:

    je suis content de découvrir votre site qui me donne beaucoup d’informations sur ma préoccupation.

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    1. Tout le plaisir est pour nous! 🙂

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