S'informer

Les stades de la discorde


Les deniers publics doivent-ils financer la construction d'infrastructures sportives? Le jeu en vaut-il la chandelle?

08/02/2017

Mince consolation, si la chose est possible, pour les Falcons d’Atlanta, malheureux spectateurs de l’irrésistible et épique remontée des Patriots de la Nouvelle-Angleterre lors du Super Bowl LI : les premiers prendront possession de leur tout nouvel amphithéâtre, le Mercedes-Benz Stadium, le 30 juillet prochain.

La magnificence et le degré d’innovation technologique qui caractérisent l’enceinte pourront-ils mettre un baume sur la déconfiture des pauvres Falcons? On le leur souhaite en tout cas! Car à vrai dire, le Mercedes-Benz Stadium, comme en fait foi la vidéo en tête d’article, est un chef-d’œuvre d’architecture et de design. Au coût de 1,6 milliard de dollars américains, on est en droit de s’attendre au meilleur qui soit en la matière!

Épater la galerie!

stadesÀ cet égard, bon nombre d’équipes professionnelles de sport ont récemment pris possession, ou le feront sous peu, de leurs nouveaux domiciles. Ainsi en est-il, par exemple, du US Bank Stadium, domicile des Vikings du Minnesota (ouvert l’an dernier, au coût de 1,1 milliard de dollars) et des 49ers de San Francisco, qui ont fait du Levi’s Stadium (ouvert en 2014, au coût de 1,3 milliard de dollars) leur repaire. Les Rams et des Chargers, les deux équipes de football américain rattachées à Los Angeles, ne seront pas en reste puisqu’ils installeront leurs pénates au futuriste Los Angeles Stadium at Hollywood Park en 2019. Et Las Vegas ne manque pas d’ambition à ce chapitre, elle qui s’est dotée du T-Mobile Arena, qui accueillera les élans des joueurs de la toute dernière équipe à joindre les rangs de la Ligue nationale de hockey, les Golden Knights, et qui travaille activement dans les coins afin que les Raiders d’Oakland, de la National vegas2Football League, atterrissent en 2020 dans le stade que la ville du péché se propose de leur construire, pour la rondelette somme de deux milliards de dollars.

Financer ou ne pas financer?

On s’en voudrait de ne pas ajouter à cette liste le Centre Videotron de Québec qui, quelque 370 millions de dollars plus tard, se cherche toujours une équipe de sport professionnel. Car qui dit « infrastructure sportive » dit invariablement « financement », et les âpres débats entourant la provenance des fonds ayant servi à l’érection de ce dernier édifice sont loin d’être clos. Les instances gouvernementales doivent-elles s’impliquer dans de tels projets? La question est pertinente et doit être débattue, surtout lorsqu’il est question de centaines de millions de dollars, essentiellement tirés des goussets des contribuables que nous sommes. Le jeu, pour ces derniers, en vaut-il réellement la chandelle?

Comme le signale Charles Santo dans son article¹ publié sur cette épineuse question, les premières études portant sur les fameuses retombées économiques des stades de sport professionnel, essentiellement menées dans le courant de la décennie 1980, tendaient à démontrer une corrélation négative entre ces dernières et l’investissement initial. Toutefois, un échantillonnage plus étendu, comprenant 19 stades construits jusqu’en 2001, permet au professeur Santo d’identifier que dans près de la moitié de ces stades (8 sur 19), les revenus de la municipalité hôte s’étaient accrus. Pourquoi? Question de contexte, conclut le chercheur! Il appert en effet que les stades bâtis au centre-ville, par opposition à ceux construits sur un site davantage excentré, de même que ceux érigés pour accueillir une nouvelle équipe, rapportaient davantage et généraient plus de retombées financières. La chose semble tomber sous le sens : d’une part, les arènes construites au centre-ville ont un effet d’entraînement sur les activités commerciales adjacentes (restauration, bars, boutiques de souvenirs, etc.), ce qui n’est pas le cas d’un complexe sportif situé en banlieue; d’autre part, l’arrivée d’une nouvelle équipe dans une ligue professionnelle crée un engouement et un effet de curiosité qui se traduisent généralement par des revenus supplémentaires.

N’en déplaise aux apologistes de l’Igloo de Québec, donc, le Centre Vidéotron semble avoir deux prises contre lui! Et quant au sentiment de fierté, souvent invoqué par les promoteurs de telles infrastructures, il pèse bien peu dans l’équation! De fait, deux études successives² tendent à prouver que s’il existe bel et bien des bénéfices non économiques, dont le sentiment de fierté fait partie, à la présence d’un nouveau stade, les citoyens sont bien peu enclins à allonger les deniers nécessaires à sa construction! En bref, la fierté a bel et bien un prix…

¹ Santo, C. (2005). « The economic impact of sports stadiums: Recasting the analysis in context ». Journal of Urban Affairs, 27(2), 177-192.
² Eckstein, R., & Delaney, K. (2002). « New sports stadiums, community self-esteem, and community collective conscience ». Journal of Sport & Social Issues, 26(3), 235-247, et  Groothuis, P. A., Johnson, B. K., & Whitehead, J. C. (2004). « Public funding of professional sports stadiums: Public choice or civic pride? ». Eastern Economic Journal, 30(4), 515-526.

 



Laisser un commentaire