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Le pays où les femmes ne travaillent pas


Au Japon, « travail » s'accorde souvent mal au féminin...

21/11/2016

Bon, on l’avoue sans vergogne! Le titre est sans doute accrocheur et tapageur. Mais à notre défense, il n’est pas très loin de la réalité. Et peut-être pensez-vous qu’il est ici question d’un pays en voie de développement ou de l’Arabie saoudite… Que nenni! Ce pays, c’est le Japon, la troisième économie mondiale, en termes de taille du produit intérieur brut (PIB). Et cette réalité, comme le signale Johann Fleuri dans son article publié dans le Japon-CanadaMonde diplomatique (lire « Les Japonaises indésirables au travail »), c’est celle de millions de Japonaises qui en sont réduites à l’exclusion du monde du travail, rarement ouvertement, souvent insidieusement… Triste réalité, pour un pays en manque éventuel de main-d’œuvre.

Des statistiques troublantes…

Le fait est que, selon le journaliste du Monde diplomatique, 60 % des Japonaises renoncent à leur carrière professionnelle dès qu’elles deviennent mères. Le résultat quant à la représentation des femmes dans la population active japonaise n’en est que plus désolant. Les Japonaises étaient près de 68 % à occuper un emploi à temps plein il y a à peine trente ans; elles ne sont plus que 44 % dans cette situation aujourd’hui. À l’inverse, l’emploi à temps partiel chez les femmes a fait un bond similaire pour la même période, passant de 28,5 % à 44 %.

Tout est question de culture!

Le Japon a ceci d’exceptionnel qu’il s’agit d’une contrée à cheval entre la tradition et la modernité. C’est sans doute un secret de Polichinelle que d’affirmer que la société nippone a toujours d’énormes difficulté à reconnaître l’égalité des femmes, et ce à bien des points de vue. L’article de Johann Fleuri cite à ce sujet la sociologue Muta Kazue, de l’université d’Osaka, qui affirme que « La société japonaise a un problème structurel de mépris et de manque de respect envers les femmes. La promotion du travail féminin a beau faire l’objet de politiques officielles, elles ne sont que difficilement considérées comme des actrices à part entière dans le monde du travail. »

Malgré l’existence depuis 1987 d’une législation instaurant l’égalité des sexes, un vieux fonds misogyne semble bel et bien perdurer au pays du Soleil levant, et notamment au sein du monde du travail. Cette déplorable japonattitude laisse souvent libre cours au matahara, un terme japonais signifiant « harcèlement maternel », et qui se concrétise par un arsenal de vexations (railleries, pressions indues, licenciements, etc.) à l’égard des travailleuses qui deviennent enceintes. Selon les estimations, non officielles faut-il le spécifier toutefois, c’est ainsi une Japonaise sur quatre qui serait victime du matahara. Au final, elles ne seraient que 17 % à se prévaloir du congé de maternité prévu par l’État selon, cette fois-ci, des données officielles.

Par ailleurs, le retour à la vie professionnelle s’avère, pour ces millions de Japonaises, une tâche quasi insurmontable. Car d’une part, le pays souffre d’un manque flagrant de places en garderie. Même si l’État a accéléré l’ouverture de telles places au cours des dernières années, la demande est encore trop élevée pour satisfaire tous les foyers qui auraient besoin de tels services. D’autre part, et dans la mesure où leur progression professionnelle est stoppée net lors de l’annonce et du départ à la maternité, les Japonaises doivent souvent se rabattre sur des emplois précaires comme seule perspective de retour sur le marché du travail. Rien d’invitant, en somme…

Reste à savoir, au final, si le Japon saura se défaire de l’étreinte vigoureuse de la tradition et de la culture quant à la place des femmes sur le marché du travail. Les efforts de l’État afin de rétablir un quelconque équilibre au sein de la population active nippone sont louables, mais à l’heure actuelle insuffisants, notamment dans la perspective de la crise de dénatalité que connaît le pays et de la pénurie de main-d’œuvre appréhendée dans un futur pas si lointain…

 



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