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Échec

L’échec, la tendance à la mode?


Arnaud Granata, l'éditeur d'Infopresse, analyse le phénomène dans un livre consacré à l'échec.

14/09/2016

échecDrôle de paradoxe… Force est de reconnaître que l’échec, celui qu’on redoute, celui qu’on ne veut pas entrevoir, celui qu’on veut enterrer quand il survient, n’a jamais eu si bonne presse qu’aujourd’hui. Il est en effet de bon ton de parler de ses échecs, de s’en ouvrir et d’en partager à qui veut l’entendre le récit et les leçons qu’on peut en tirer (lire notre article « Faire l’apologie de l’échec »)Après tout, bien des entrepreneurs, et non les moindres, font aujourd’hui étalage de leurs échecs, au plus grand plaisir de ceux qui ont payé le gros prix pour venir les entendre. L’échec, nouvelle tendance franchement in?

Arnaud Granata, l’éditeur du média spécialisé Infopresse, s’est intéressé à l’échec dans un livre qu’il vient tout juste de faire paraître. Le pouvoir de l’échec, c’est le titre de l’opus, n’était pourtant pas le projet original. C’est davantage sur le succès des entrepreneurs québécois qu’entendait initialement plancher Arnaud Granata. Mais au fil de ses rencontres, un thème récurrent s’est imposé de lui-même, celui de l’échec et, comme il le formule lui-même, celui de la « […] vision particulièrement décomplexée
de l’échec » propre aux entrepreneurs. Question d’en savoir davantage, nous l’avons rencontré à ce sujet.

Parler de l’échec, façon Granata

Arnaud Granata
Arnaud Granata (photo : Julie Artacho)

Je fais remarquer au jeune entrepreneur la méthodologie originale employée pour faire sa démonstration. Arnaud Granata aurait en effet pu se contenter d’enfiler l’un après l’autre les témoignages de ces entrepreneurs qui ont connu, d’une manière ou d’une autre et à des intensités diverses, les affres de l’échec. Et à ce titre, les récits de Jean-François Bouchard (fondateur et associé de l’agence Sid Lee), d’Érik Giasson (ancien golden boy de Wall Street et copropriétaire des studios de yoga Wanderlust) ou de l’artiste et entrepreneure Caroline Néron, fournissent la matière de base. « Mais, comme le fait valoir Arnaud Granata, je n’étais pas totalement satisfait. Les entrepreneurs ont une vision de l’échec enracinée dans l’action. Il me manquait un degré supplémentaire d’analyse. » D’où la présence, et il s’agit sans doute là d’un apport important du livre, de réflexions énoncées par des universitaires et des penseurs (la psychologue Rose-Marie Charest, la sociologue Diane Pacom, le philosophe Jocelyn Maclure) qui viennent, de par leur regard critique et éclairé, replacer dans un contexte plus large cette notion d’échec. À ce niveau, c’est une belle réussite pour l’auteur Granata!

L’échec, un concept à géométrie variable

Arnaud Granata, Français de naissance mais Québécois d’adoption depuis une décennie maintenant, constate que l’échec n’est pas perçu ni vécu de la même manière, dépendant de la rive de l’Atlantique sur laquelle on se situe. « Les stigmates de l’échec, dit-il en substance, sont portés beaucoup plus longtemps en France qu’elles ne le sont ici, où un entrepreneur peut rapidement se relever d’un échec et se lancer dans un nouveau projet au bout de quelques mois. » L’Amérique serait-elle une terre plus fertile pour l’échec? Si elle est certes plus tolérante et pardonne plus rapidement ce dernier, la société nord-américaine n’en possède pas moins pour autant les défauts de ses qualités. L’auteur signale, au fil des entretiens qu’il mène avec ses personnes-ressources, la montée en force, dans le discours entrepreneurial actuel, de l’« échec-spectacle » : « Qu’Elon Musk parle de ses échecs ou les mette en scène, en soi, ce n’est rien de plus qu’une stratégie d’image. Pour que cela ait une influence, encore faut-il qu’il parle du processus de ses échecs pour nous en faire réellement comprendre le résultat. Idem pour le succès. » lui confiera Rose-Marie Charest, l’ancienne présidente de l’Ordre des psychologues du Québec. S’il y a donc une chose, ajoute Arnaud Granata, sur laquelle nous devons collectivement mettre l’accent, c’est sur écheccette réflexion que nous devons mener sur l’échec, pour mieux le comprendre et, peut-être, mieux l’éviter par la suite.

Nous vivons toutefois en une ère « aseptisée » où la prise de risque est minimisée et où la seule perspective de l’échec suscite des poussées d’urticaire chez bien des gens. À ce titre, Arnaud Granata m’avoue avoir été touché par le témoignage d’Égide Royer, psychologue et professeur associé en adaptation scolaire à l’Université Laval, qui pointe du doigt le système scolaire afin d’expliquer, en partie du moins, notre inconfort collectif devant l’échec : « Il est très clair que si l’enfant grandit dans une école qui valorise l’échec dans l’apprentissage et qui permet à l’enfant de reconnaître ses forces et ses faiblesses, alors l’éducation aura rempli son rôle », affirme l’expert. Au sein de la société de performance dans laquelle nous vivons, nous sommes loin du compte… Arnaud Granata va dans le même sens que son interlocuteur : l’échec, ça s’apprend, et c’est sur les bancs de l’école que ça doit commencer.

Le format restreint du présent article ne permettant pas d’en parler davantage, faites-vous votre propre opinion sur Le pouvoir de l’échec. Une lecture agréable, un propos à la fois intéressant et pertinent et qui, curieusement, possède certaines vertus thérapeutiques. Car l’échec, voire même les échecs, des meilleurs entrepreneurs permet d’aussi de relativiser les nôtres. Quand on se compare, on se console…



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