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Les entreprises peuvent-elles mieux accueillir les jeunes travailleurs?

Les entreprises peuvent-elles mieux accueillir les jeunes travailleurs?


Des initiatives mises en place dans les universités sont particulièrement inspirantes

25/07/2017

Il n’est pas rare d’entendre de nouveaux travailleurs faire le constat que leur programme d’étude, même lorsqu’il comportait un stage, ne les a pas suffisamment préparés aux réalités parfois déconcertantes du milieu de l’emploi. Et si l’arrimage entre ces deux secteurs ne dépendait pas uniquement de la préparation acquise à l’université mais aussi de l’accueil offert par les organisations du travail? Comment les premiers peuvent-ils constituer une source d’inspiration pour les seconds?

Être jeune, ce n’est pas simple…

Les entreprises peuvent-elles mieux accueillir les jeunes travailleurs?Une revue de littérature publiée par le Consortium pour le rayonnement étudiant en ingénierie du Québec (CREIQ) fait état de la réelle « crise de la santé mentale » ayant cours actuellement dans les universités nord-américaines: un nombre de plus en plus important d’étudiants présentent des signes de détresse psychologique, des problèmes de santé mentale, des difficultés de consommation et parfois même, des idées suicidaires.

Comment l’expliquer? Le rapport énumère l’interaction de plusieurs facteurs. D’une part, les changements démographiques des dernières décennies font émerger des besoins nouveaux auxquels les établissements ne trouvent pas toujours des réponses. D’autre part, l’entrée à l’université se produit pour la majorité pendant une période de vulnérabilité du développement de l’âge adulte, marquée par une multitude de défis relationnels, personnels et financiers. Finalement, les études universitaires s’accompagnent, plus qu’avant, d’une forte pression à la performance et à la réussite.

Les étudiants d’aujourd’hui forment le bassin des travailleurs de demain. Les réalités auxquelles ils sont confrontés pendant leurs études ne disparaissent pas une fois leur diplôme en poche. C’est d’ailleurs ce que la recherche tend à montrer. En effet, une enquête populationnelle¹ ainsi que plusieurs études auprès de travailleurs² montrent que les jeunes vivent généralement des niveaux plus élevés de détresse psychologique que les travailleurs plus âgés. Cet écart s’explique par différents facteurs:

  • le manque d’expérience et la nouveauté liée au début de carrière;
  • le manque de confiance en soi et en ses compétences;
  • un contrôle plus limité sur ses conditions de pratique et de travail;
  • la présence plus importante de conflits travail-famille.

LIRE AUSSI : Pourquoi favoriser la santé mentale en milieu de travail?


Comment réagir pour mieux soutenir?

Le rapport publié par le CREIQ propose un modèle d’analyse des interventions en santé psychologique en milieu universitaire. Ce modèle de nature systémique prend en compte les différents acteurs oeuvrant en milieu universitaire et identifie des actions que ceux-ci peuvent mettre en place pour participer à la promotion de la santé psychologique de la communauté et, par la même occasion, atteindre leur mission plus globale.

La modèle réfère à trois niveaux d’intervention. Le premier niveau s’adresse à l’ensemble de la communauté ; les actions qui y sont liées concernent d’abord et avant tout la promotion d’une bonne santé psychologique et des facteurs qui en permettent l’actualisation. Ce niveau fait appel à la fois aux enseignants, aux intervenants et aux étudiants qui participent à des activités de promotion et de sensibilisation mais également à différents secteurs qui doivent soutenir un changement de culture organisationnelle. Pensons, par exemple, au besoin de développer une stratégie de communication interne ou à l’implication incontournable des gestionnaires et administrateurs des établissements qui, à travers leur rôle, pourront adopter un plan d’action et des politiques et proposer des mesures incitatives encourageant le mieux-être.

Les entreprises peuvent-elles mieux accueillir les jeunes travailleurs?

Le deuxième niveau s’adresse aux étudiants susceptibles de présenter des difficultés menaçant leur santé psychologique. Les interventions sont mises en place par les différents services d’accompagnement pour les étudiants. Il s’agit d’offrir des mesures pour faciliter l’adaptation des étudiants et favoriser le développement de compétences diverses, nécessaires à leur cheminement universitaire.

Le troisième niveau concerne les étudiants qui présentent des difficultés plus importantes et qui pourront bénéficier de services plus spécialisés. La particularité de ce niveau d’intervention est qu’il fait appel à des acteurs externes à l’université pour offrir le soutien nécessaire tels que des partenariats avec un centre de crise ou le réseau public de santé et services sociaux.

Assurer une continuité pour une meilleure intégration au travail

Contrairement aux travailleurs issus des générations précédentes, les jeunes travailleurs sont de plus en plus nombreux à considérer leur santé psychologique comme une responsabilité partagée avec les organisations dans lesquelles ils s’impliquent. En effet, 64% d’entre eux s’informent de l’accès à du soutien psychologique en milieu de travail lorsqu’ils se cherchent un emploi. 

  • Les organisations du travail gagneront donc à maintenir la continuité, dans leur milieu, des principes issus du modèle d’analyse proposé aux universités :
  • agir sur plusieurs fronts par la promotion de la santé psychologique ainsi que le soutien aux personnes qui vivent des difficultés;
  • assurer le changement de la culture organisationnelle par la participation de tous les acteurs du milieu;
  • favoriser la collaboration de partenaires pertinents au besoin.

Elles s’assureront ainsi d’attirer et de retenir des employés engagés et outillés pour offrir le meilleur d’eux-mêmes en contexte de travail.


¹ Institut de la statistique du Québec (2016). L’Enquête québécoise sur la santé de la population, 2014-2015 : pour en savoir plus sur la santé des Québécois, Québec : Gouvernement du Québec.

² Marchand, Alain et Blanc, Marie-Ève (2010). The Contribution of Work and Non-work Factorsto the Onset of Psychological Distress : An Eight-year Prospective Study of a Representative Sample of Employees in Canada, Journal of Occupational Health, 52 : 176-185.

Magnavita, N., Fileni, A., Mganvita, G., Mammi, F., Mirk, P., Roccia, K. et Bergamaschi, A. (2008). Work stress in radiologists. A pilot study, Radiology Medecine, 113 : 329-346. v

Peisah, C., Latif, E., Wilhelm, K. et Williams, B. (2009). Secrets to psychological success : Why older doctors might have lower psychological distress and burnout than younger doctors, Aging and mental health, 13 (2) : 300-307.



Une réflexion sur « Les entreprises peuvent-elles mieux accueillir les jeunes travailleurs? »

  1. […] *La version originale de l’article est disponible sur le site de la revue Gestion.  […]

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