Entreprendre

Que la lumière soit!


Produire de la lumière sans électricité? Une idée lumineuse, possible grâce à la bioluminescence. Glowee, une start-up française, s’est lancée dans l’aventure.

15/07/2016
Sandra Rey Glowee
Sandra Rey

Sandra Rey, fondatrice de la start-up Glowee,  n’avait rien, à priori, d’un génie des sciences lorsqu’elle a eu l’idée avec des camarades de sa promotion d’école en design de s’inspirer du plancton, des méduses, des calamars et autres lucioles, pour produire de la lumière « naturelle ». « Il se trouve qu’au même moment en France, en 2013, une nouvelle réglementation destinée à faire des économies d’énergie interdit l’éclairage intérieur et extérieur des bâtiments non résidentiels, explique la jeune entrepreneure de 26 ans, nous nous sommes dit qu’il y avait peut-être une occasion et une solution : imiter les poissons luminescents et remplacer l’électricité des vitrines et du mobilier urbain par un éclairage produit par des organismes vivants. » L’idée n’est pas bête. En effet, l’éclairage représente 19 % du total mondial de la consommation d’électricité et 5 % des émissions de CO2. Il y a là une problématique écologique, économique et commerciale à laquelle d’autres scientifiques et entrepreneurs s’attellent déjà, aux États-Unis notamment, où des équipes travaillent à partir de plantes ou de micro-algues.

« La nature est bien faite et nous l’avons copiée, tout simplement! »

La jeune entrepreneure française embauche un biologiste pour développer l’idée de recréer le phénomène de bioluminescence. « Nous avons produit des bactéries auxquelles a été greffé un gène de luminescence, prélevé sur des calamars. Une fois génétiquement modifiées, ces bactéries sont encapsulées dans une coque transparente, qui contient une solution nutritive pour qu’elles puissent vivre et produire de la lumière. » Comme Sandra Rey l’explique (voir la vidéo en tête d’article), les micro-organismes ainsi créés en laboratoire se reproduisent de manière exponentielle et ne nécessitent aucune Gloweeinfrastructure lourde. Les coques transparentes en résine naturelle sont, elles, fabriquées à partir d’un simple moulage et thermoformage. « Elles peuvent prendre la forme que l’on souhaite et adhèrent à toutes les surfaces lisses, comme une vitrine, c’est donc très simple d’utilisation, poursuit Sandra Rey, aucun raccordement ni apport supplémentaire d’énergie ou de matière n’est nécessaire. Le jour, elles sont quasi invisibles et la nuit, elles s’éclairent. » Cerise sur le gâteau, le modèle d’affaires de la start-up inclut également la récupération et le traitement du produit en fin de vie, c’est-à-dire l’incinération des matériaux, qui sont tous organiques. Mais c’est là que le bât blesse encore : la longévité du produit. « Pour le moment, nous en sommes à une autonomie de trois jours à sept jours. Mais nous travaillons sur la question, ainsi que sur l’intensité lumineuse, l’adaptabilité aux températures extérieures et aussi sur les couleurs, pour le moment uniquement bleu-vert. » Les microcellules sont encore loin de concurrencer l’éclairage d’un lampadaire public, par exemple, et diffusent une lumière « proche de l’intensité lumineuse d’une bougie ou d’une veilleuse », explique-t-on chez Glowee. Néanmoins, le concept séduit et les clients potentiels se manifestent. « Nous avons très vite été contactés par de nombreuses sociétés, dit Sandra Rey, des commerces, mais aussi des acteurs du paysage urbain, à Paris notamment… » Car la ville de demain prendra certainement les couleurs de la bioluminescence. D’autant que la lumière produite ainsi ne dérange en aucune manière les métabolismes biologiques de la faune urbaine.

glowee1Après avoir remporté plusieurs concours, dont celui, en 2015, de l’édition parisienne de l’Elevator Pitch, avec 100 000 $ canadiens en prime et, en 2016, le Prix de l’Innovation de la ville de Paris, la jeune pousse mise sur le financement participatif pour assurer son développement. Le dernier en date, cette année, lui a permis de récolter 644 000 euros en 9 jours!

Forte actuellement de treize personnes, dont les compétences vont de la biotechnologie à la finance en passant par le design et l’ingénierie de l’environnement, Glowee a établi sa stratégie. En 2017, les premières vitrines de magasins devraient être éclairées en région parisienne et en 2018, ce sera au tour de différents bâtiments, du mobilier urbain et de la signalétique. Mais Sandra et son équipe voient au-delà : pourquoi ne pas imaginer éclairer aussi des routes? Ou encore des lieux et des populations vivant dans des zones reculées et qui n’ont pas accès à l’électricité? La bioluminescence n’a certainement pas fini d’éclairer nos vies…



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