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L'entrepreneuriat, une affaire de passion

L’entrepreneuriat, une affaire de passion


Pour les passionnés d'entreprendre, il n'y a pas plus grand plaisir que de monter de nouvelles affaires.

21/09/2017

Les passions sont-elles des hobbys puérils éloignés de la réalité des affaires ? Au contraire ! Elles sont la source de réussites économiques. Un individu n’est jamais aussi engagé, créatif et efficace que lorsqu’il travaille sur un projet qui le captive. Dans un monde de raison, la passion a sa place. Et ça marche !

Une étude réalisée par la professeure Saloni Shah, de l’université Harvard, pour le compte de la fondation américaine Erving Marion Kauffman montre que si les start-up créées par des passionnés d’une activité artistique, culturelle, sportive ou autre ne représentent que 10 % des cas de création de nouvelles entreprises aux États-Unis, elles comptent pour 50 % des entreprises toujours en activité cinq ans après leur lancement.

La passion est jugée très importante pour la réussite d’une nouvelle entreprise. Elle permet non seulement de mobiliser l’énergie nécessaire pour renverser les obstacles et faire face aux incertitudes liées au projet entrepreneurial mais aussi, par contagion, de mobiliser plus rapidement des partenaires, des employés, des consommateurs, etc.

La passion de l'entrepreneuriat

Les deux natures de la passion

Il est cependant judicieux de différencier deux grands types de passion quasi opposés. D’un côté, la passion d’entreprendre anime notamment le serial entrepreneur, qui enchaîne les créations de nouvelles entreprises. De l’autre côté, la passion pour une activité spécifique conduit un individu à entreprendre, en général, une seule fois afin de vivre de sa passion.

Pour les passionnés d’entreprendre, il n’y a pas plus grand plaisir que de monter de nouvelles affaires, avec toute l’excitation et la prise de risque que cela suppose. La passion pour la création de valeur et la volonté de changer le monde sont des traits fondamentaux du serial entrepreneur. Elles soutiennent sa motivation à persister malgré les tribulations et les difficultés inhérentes à son projet. Elles permettent de faire face à un éventuel échec et d’éviter le découragement. Résilience et rebond sont des processus souvent à l’oeuvre avec ce type d’entrepreneur.

La passion pour une activité s’observe quant à elle dans de nombreux secteurs, mais deux domaines cristallisent bon nombre de projets entrepreneuriaux : la passion sportive et la passion culturelle. Qu’il soit amateur ou professionnel, le passionné d’une activité sportive comme l’escalade ou le snowboard peut devenir entrepreneur. Il commence par élaborer pour son usage personnel de nouveaux outillages d’escalade ou de nouvelles planches de skate qui vont ensuite constituer la base d’une entreprise. De même, un amateur de cinéma ou de littérature possède les compétences pour innover dans ces secteurs. Ces passionnés, sans volonté de monter une affaire, autoproduisent pour eux-mêmes et pour leur entourage quelque chose d’innovant. Ils sont ensuite entraînés par d’autres passionnés à produire plus et à passer au niveau structuré de l’entreprise.


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La passion salvatrice

Quel qu’en soit l’objet, la passion de l’entrepreneur le sauve de l’ennui et du stress au quotidien. C’est ce qu’ont compris de nombreux étudiants qui choisissent de plus en plus les options ou les programmes tournés vers l’entrepreneuriat, au détriment de ceux liés aux disciplines traditionnelles de gestion (finance, marketing). C’est ce qu’ont aussi compris des salariés aux prises avec un manque de reconnaissance dans leur travail – c’est-à- dire au sentiment qu’ils ne reçoivent pas de reconnaissance à la hauteur de ce qu’ils font et de ce qu’ils sont – et qui ont trouvé une voie de sortie grâce à leur passion. Ils ont osé la rupture en prenant le risque de s’investir à fond dans l’univers qui les fait vibrer.

Toutefois, il ne faudrait pas croire que ce phénomène est limité aux jeunes diplômés. Il n’y a pas d’âge pour entreprendre par passion. Par ailleurs, la création d’entreprises par des retraités illustre la façon dont tout individu dans nos sociétés peut chercher une voie de sortie au moyen de l’entrepreneuriat. Cette option est tout particulièrement envisageable pour échapper à une situation de pauvreté.

La passion mobilise

Hautement contagieuse, la passion se partage avec d’autres passionnés réunis en communauté qui vont soutenir le projet d’entreprise. En effet, c’est moins la justesse d’une cause qui mobilise les individus que le fait de pouvoir éprouver collectivement la vibration d’une passion partagée. C’est en vertu de la charge émotionnelle qui la caractérise que la passion cherche à se partager et à se vivre en groupe. Elle maintient, renouvelle et crée continuellement les émotions qui structurent le monde social et économique. La communauté de passionnés agit comme groupe cible, groupe test ou marché captif et sert à assurer une base commerciale de départ à la nouvelle entreprise.

Le cas de Nick Woodman, créateur et dirigeant de la firme GoPro Camera, est emblématique. Il a conçu son idée de caméra durant un séjour de surf en Australie dont il essayait d’immortaliser les meilleurs moments. Prendre des photos depuis la plage ne rendait pas justice à l’intensité de la pratique du surf. C’est ce qui l’a poussé à rentrer chez lui pour réfléchir à la création d’une caméra portable si pratique et si peu encombrante qu’on oublie qu’on l’a avec soi. De nombreux prototypes ont été élaborés par Nick Woodman puis testés et améliorés par d’autres passionnés. La communauté des surfeurs s’est ensuite arraché le produit final, une caméra grand angle, avant qu’il ne parte à la conquête du monde, fort de cette base de succès. Ainsi, l’entrepreneur passionné ne fait pas qu’utiliser la communauté : il la stimule et la développe par ses innovations et parfois même la crée.

La passion de l'entrepreneuriat

La passion est tout sauf égoïste

L’individu qui change sa vie en devenant entrepreneur par passion génère des liens sociaux et un sentiment de communauté et contribue ainsi à régénérer la société. Il ne s’agit pas forcément ici d’entrepreneuriat social mais plutôt d’énergie nouvelle produite pour défendre sa passion.

En 2013, la RBC Banque Royale a commandé une étude sur les entrepreneurs canadiens pour déterminer dans quelle mesure ils poursuivent des objectifs sociaux en plus des rendements commerciaux. Parmi ceux-ci, les entrepreneurs passionnés évaluent leur réussite de plusieurs façons, contribuant ainsi de façon notable aux conditions sociales et environnementales existantes. S’ils ne représentent que 9 % des entrepreneurs du secteur privé, selon cette étude, ils montrent la voie dans divers secteurs et diverses régions. Ils tendent à poursuivre des objectifs sociaux parce qu’ils croient profondément en une cause bien précise. Cette cause est inévitablement jumelée à une occasion d’affaires. Sachant qu’ils poursuivent des objectifs enrichissants sur les plans personnel et financier, ces entrepreneurs sont encore plus passionnés par leur activité.

Les entrepreneurs passionnés sont motivés par la conviction qu’ils font quelque chose de bien pour eux-mêmes, pour la communauté des autres passionnés et pour la société dans son ensemble. Ainsi, ils agissent davantage dans le registre du don que dans celui de l’intérêt.

Françoise Nyssen, qui a créé avec son père la maison d’édition Actes Sud à Arles, en France, est un bon exemple de ce type d’entrepreneur. Sa volonté de partager sa conviction qu’une oeuvre est digne d’être publiée sans penser avant toute chose aux chiffres de ventes a permis à Actes Sud de lancer de nouveaux talents qui ont fait le succès de l’entreprise et recueilli plusieurs prix Goncourt et un Nobel de littérature. Sa conviction irrigue autant la communauté des libraires que celle des lecteurs. Et sa conviction dépasse les limites de la littérature pour s’appliquer à l’éducation. Elle a ainsi créé l’école Domaine du Possible, ouverte à tous les enfants de la maternelle au lycée, qui mobilise une pédagogie fondée sur la coopération et la curiosité des enfants. Ces convictions ont récemment amené le président Emmanuel Macron à la nommer ministre de la Culture.

La passion est tout sauf égoïste

La passion peut donc permettre de changer la vie d’un individu, de recréer une communauté et de sauver la société. Toutefois, la passion n’est pas sans risque : elle peut avoir des conséquences néfastes à de nombreux points de vue. Notamment, la passion peut aveugler l’entrepreneur. Elle a besoin d’être accompagnée pour ne pas conduire l’entrepreneur dans une impasse. L’accompagnement de l’entrepreneur passionné est essentiel mais requiert des approches qui rompent avec la surutilisation de grilles, de modèles ou de canevas incapables d’intégrer la passion. De plus, cet accompagnement doit intégrer la dimension communautaire dans son approche et la marier avec les réseaux de soutien à l’entrepreneuriat. L’accompagnant, lui, est appelé à jouer sur un double registre où sont harmonisés la prise de distance et le partage de la passion.



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