Entreprendre

Comment l’échec peut-il faire de vous un meilleur entrepreneur ?


Apprenez de vos erreurs

25/10/2017

quote-noir-left La clé de l’innovation est l’expérimentation. Et pour expérimenter, vous devez échouer. quote-noir-right

Paul Misener, VP innovation et communication chez Amazon

 

Marie-Ange Masson
Marie-Ange Masson, Conseillère, développement et coordination pédagogique à l’Institut d’entrepreneuriat Banque Nationale – HEC Montréal

FailCamp, Fuckup Nights, FailCon… L’échec est-il populaire? Oui. Et, il peut s’agir d’une bonne chose, à condition de ne pas le voir comme une finalité : c’est une étape vers la progression et l’innovation, souvent incontournable, mais que l’on souhaite réversible. En fait, certains préféreront parler d’ « erreur ». Les grands de l’entrepreneuriat et de l’innovation démystifient l’échec que ce soit dans des les conférences, des articles, des biographies… “Fail-fast”, pivot, essai-erreur, itération, lean startup, etc. sont maintenant fréquents dans le langage des affaires. Pourquoi? Parce que l’échec a sa place dans notre contexte très incertain et rapide, et aussi parce qu’on peut en tirer profit si on sait le gérer.  Il faut développer un certain « leadership de l’échec ».

Voici quelques pistes de réflexion pour que l’échec vous permette d’être un meilleur entrepreneur.

Des petits échecs pour éviter le grand échec

Boucle du Lean Startup de Jean-Pierre Dube
Boucle du Lean Startup de Jean-Pierre Dube

La perception de l’échec par le monde des affaires est moins sévère depuis que les mouvements de soutien à l’innovation et l’entrepreneuriat prônent des petits échecs rapides, dont l’objectif est d’apprendre la réalité complexe par l’action et de s’adapter. Il ne s’agit pas de foncer tête baissée. C’est en partie ce que vante le mouvement Lean Startup initié par Eric Reis. Par exemple, un entrepreneur qui lance une nouvelle montre pour cyclistes aura intérêt à tester son idée grâce à quelques prototypes avec sa clientèle potentielle, rapidement. En fonction des commentaires et de la satisfaction, il saura comment adapter son offre et son modèle d’affaires : capteur de rythme cardiaque, calculateur de calories consommées, couleur, prix acceptable, réseau de distribution, etc. Imaginons que la montre n’inclue pas de géolocalisation, mais que 80% des cyclistes ciblés veulent savoir à quelle vitesse ils ont parcouru certains tronçons de leur trajet : c’est un échec, car on ne peut pas satisfaire les attentes des clients. Mais il s’agit d’un petit échec qui ne concerne que les prototypes et évitera un plus grand échec : se retrouver avec des milliers de montres invendables puisqu’elles ne satisfont pas les besoins des clients, et plus aucun dollar en caisse. L’échec, oui, mais pas n’importe lequel!

L’échec comme tremplin

Dans une situation d’échec, des possibilités qu’on n’avait pas envisagées peuvent apparaître. Tout comme Felipe Gallon de Solofruit, on n’atteindra pas son objectif premier, mais on découvrira des opportunités tout aussi intéressantes sur des marchés porteurs. Dans cette situation, l’ouverture d’esprit et le lâcher-prise conduiront peut-être à des résultats supérieurs aux objectifs visés. Dans un bon contexte mental, un échec peut donc amener un succès.

L’échec des autres peut aussi servir de tremplin : participer aux conférences, lire des témoignages, etc. De nombreuses analyses de type « Les X leçons que nous apprennent l’échec des startups. » constituent aussi une ressource sur laquelle capitaliser.

Le post-mortem pour apprendre de l’échec

On peut tirer avantage de ses échecs à la condition de ne pas adopter la politique de l’autruche : savoir rebondir et développer des apprentissages qui serviront plus tard. Ce sont des façons de rendre un échec utile, dans une logique d’essai-erreur-améliorations.

quote-noir-left Vous le faites mal. Mais au moins vous le faites. Une fois que vous le faites, vous avez une chance de l’améliorer. Attendre la perfection revient à ne pas démarrer. quote-noir-right

Seth Godin, entrepreneur

Cela suppose de prendre le temps d’analyser l’échec. Des outils ont été spécialement développés pour le monde des startups. Il suffit de penser à ceux d’Eric Reis, d’Yves Pigneur et d’Alexander Osterwalder, notamment . Mais on peut analyser la situation avec un outil classique souvent sous-utilisé, bien que peu compliqué et très flexible : le post-mortem. Le post-mortem doit être préparé pour être utile. Il doit avoir lieu tant que la situation est récente dans les esprits, mais il faut que les personnes aient eu assez de temps pour recueillir des informations. Ce document récapitulatif permettra de se rappeler des leçons quand un projet similaire se présentera.  Le contenu d’un post-mortem peut-être très factuel, par exemple : rappel du projet, rôle de chacun, ce qui a bien fonctionné, ce qui aurait pu être mieux fait, les apprentissages, et les actions à poser. Mais il peut aussi être très personnel et subjectif, s’apparentant un peu à un journal intime pour faire le point sur son ressenti par rapport à l’échec.

Le sentiment d’échec

Atteindre ou non des objectifs est un fait. Mais, ce fait a lieu dans un contexte très subjectif, puisque  lié à la perception et aux émotions. En matière d’échec, afin de se situer dans un état d’esprit propice à la résilience, la question clé pour un entrepreneur (pour toute personne, en fait) est la suivante :

  • L’appropriation des objectifs : l’entrepreneur est-il persuadé que les objectifs sont atteignables? Quels impacts ces objectifs ont-ils sur sa mission et sa vision? L’entrepreneur les trouve-t-il pertinents et désirables? L’entrepreneur a-t-il fixé lui-même ces objectifs ou d’autres les lui ont imposés? Ces personnes sont-elles importantes et crédibles à ses yeux? Etc.
  • La responsabilité : quels sont les facteurs qui ont provoqué l’échec? Étaient-ils contrôlables par l’entrepreneur? Quelle est la part de responsabilité de l’entrepreneur dans l’échec? Qu’aurait-il pu faire différemment? Arrive-t-il à lâcher-prise ou est-il envahi par la culpabilité? Etc.
  • La pression sociale: comment l’entourage de l’entrepreneur perçoit l’échec? L’échec est-il toléré par la société? Le regard des autres est-il important pour l’entrepreneur? Quelle est la réputation de l’entrepreneur? Etc.

Ces points sont utiles pour anticiper les situations qui pourraient créer un fort sentiment d’échec et dans lesquelles la résilience sera moins grande. Par ailleurs, aborder ces thèmes dans des post-mortem plus personnels aide l’entrepreneur à mieux connaître son profil en matière d’échec. Cela lui servira toute sa vie.

quote-noir-left L’échec n’est pas agréable. Mais il ouvre une fenêtre sur le réel, nous permet de déployer nos capacités ou de nous rapprocher de notre quête intime, de notre désir profond. quote-noir-right

Charles Pépin, philosophe et écrivain

Profiter des échecs pour s’assurer des objectifs et motivations de chacun

Les situations d’échec représentent un moment propice pour revoir ses objectifs et aussi ceux des parties prenantes à sa démarche entrepreneuriale. En effet, cofondateurs, clients, investisseurs, fournisseurs, etc. ne partagent pas nécessairement les mêmes buts. Chacun fixe les siens, et perçoit l’échec à la fois selon ses propres intérêts ou ceux du groupe. Il faut donc comprendre et se mettre d’accord sur les objectifs fixés et les motivations de chacun. Il faut également bien communiquer la mission du projet et la vision pour que les actions et moyens mis en place s’alignent dans une orientation commune; la fin justifie-t-elle les moyens? Si les moyens utilisés ne s’enlignent pas avec les motivations, les valeurs et la philosophie de l’entrepreneur et des parties prenantes, le succès peut avoir un goût amer.


LIRE AUSSI : L’ÉCHEC, UNE TENDANCE À LA MODE ?


En conclusion, l’échec est de plus en plus perçu comme une situation propice à l’amélioration, si on sait échouer, si on se relève, si on l’analyse et si on met en place les actions nécessaires pour capitaliser dessus. Il faut développer un « leadership de l’échec » par l’apprentissage et la résilience. Bons échecs! Et bons succès!

 

À lire ou à voir :

Le pouvoir de l’échec, Arnaud Granata, Les éditions La Presse, 2016
Lean Startup – Adoptez l’innovation continue, Eric Reis, Crown Publishing Group, 2011
Les vertus de l’échec, Charles Pépin, Allary Éditions, 2016
Discours de Steve Jobs à Stanford, 2005 (http://news.stanford.edu/2005/06/14/jobs-061505/)
http://www.sethgodin.com/sg/
http://fail.camp/
http://thefailcon.com/
https://fuckupnights.com/



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