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Les effets pervers des bureaux à aire ouverte


Aurions-nous eu tort d'abattre les cloisons de nos espaces de travail?

06/08/2016

Team Working At Desks In Busy OfficeIls sont à la mode et franchement in… Mais peut-être ne sont-ils pas aussi cool qu’on veut bien le croire! Les espaces de travail à aire ouverte sont une tendance lourde, notamment portée par les entreprises du numérique. Ces espaces de travail sont même intégrés au sein de l’argumentaire de ces entreprises et organisations afin d’attirer de potentiels employés, principalement des membres des nouvelles générations. Une statistique pour vous démontrer l’ampleur de la tendance? Tel que rapporté par la journaliste Lindsey Kaufman dans le Washington Post (lire son article « Google got it wrong. The open-office trend is destroying the workplace. »), environ 70% des espaces de travail aux États-Unis seraient à aire ouverte ou avec partitions basses. Et les têtes d’affiche de nos organisations modernes, celles vers qui les regards d’admiration sont tournés, sont sans doute les plus ardentes défenseures de ce mode d’organisation de l’espace de travail. Comme nous le rapportions il y a quelques semaines (voir notre article « Les nouveaux navires-amiraux de nos organisations modernes »), Facebook est en voie de terminer la construction de son nouveau siège social, qui inclura le plus grand espace à aire ouverte au monde, et où près de 3 000 personnes travailleront quotidiennement!

Le discours officiel des apologistes de l’espace ouvert met de l’avant une série d’avantages à une telle disposition: collaboration accrue, accroissement de la créativité, sentiment de liberté, meilleure communication entre les employés, attachement plus grand au lieu de travail et aux collègues, impression de transparence et d’honnêteté, etc. Mais qu’en est-il réellement?

Le temps aidant, certaines études sur le sujet commencent toutefois à renvoyer un portait un peu moins idyllique de la situation. De fait, plusieurs maux que l’on tentait de combattre seraient en fait aggravés par la disposition ouverte de l’espace dans nos bureaux.

  • Les espaces ouverts rendront les gens plus productifs. Vraiment? Dans une méta-analyse¹ portant sur les effets des aires ouvertes sur les travailleurs, des chercheurs ont conclu que ces dernières avaient une incidence négative sur le temps d’attention, la productivité, la créativité et le niveau de satisfaction des individus au travail. Par ailleurs, les espaces ouverts réduisent évidemment l’intimité des individus et le contrôle sur leur environnement, deux éléments qui ont été scientifiquement reconnus comme facteurs contribuant à l’accroissement de la productivité, de la satisfaction au travail et de la cohésion d’équipe.
  • Les espaces ouverts réduiront l’absentéisme, parce que les gens seront heureux d’y venir travailler. Peut-être, mais ils risquent aussi de s’absenter plus souvent pour cause de maladie! De fait, une étude scandinave² a démontré que les personnes travaillant dans un bureau partagé à deux prenait 50% plus de congés de maladie que celles occupant un bureau seul. Ce pourcentage passe à 62% pour les personnes travaillant dans une aire ouverte. Les microbes voyagent mieux dans un espace ouvert!
  • Les espaces ouverts feront en sorte de produire un travail de qualité. À revoir! Le bruit ambiant et les conversations non pertinentes ont un effet à la baisse sur la performance cognitive des individus³, les empêchant même d’effectuer des opérations mathématiques simples.4

Effet de mode ou phénomène durable? Les bureaux à aire ouverte marqueraient-ils l’extrémité d’un continuum, où le bureau fermé et opaque constituait l’autre extrémité? Un compromis entre ces deux formules d’aménagement spatial de nos lieux de travail serait-il la voie à suivre?

Travaillez-vous dans un bureau à aire ouverte? Le contenu de cet article reflète-t-il, selon vous, la réalité du travail en aire ouverte? Faites-nous part de votre avis, à la section Laisser un commentaire ci-bas!

¹ Davis, M. C., Leach, D. J. and Clegg, C. W. (2011). « The Physical Environment of the Office: Contemporary and Emerging Issues », in International Review of Industrial and Organizational Psychology, 2011, volume 26 (eds G. P. Hodgkinson and J. K. Ford), John Wiley & Sons, Ltd, Chichester, UK.

² Pejtersen, Jan H., et al. (2011). « Sickness absence associated with shared and open-plan offices – a national cross sectional questionnaire survey.» Scandinavian journal of work, environment & health, pp. 376-382.

³ Smith-Jackson, T. L., & Klein, K. W. (2009). « Open-plan offices: Task performance and mental workload ». Journal of Environmental Psychology, 29(2), pp. 279-289.

Perham, N., Hodgetts, H., & Banbury, S. (2013). « Mental arithmetic and non-speech office noise: An exploration of interference-by-content» . Noise and Health, 15(62), 73.      



16 réflexions sur « Les effets pervers des bureaux à aire ouverte »

  1. Brovelli Guillaume says:

    Super article qui soulève une question que je me pose fréquemment…

    Je pense qu’il peut y avoir un bon compromis entre les deux types d’aires de travail : « Open-space » mais avec des contours autour de son bureau, sortes de barrières elevées d’une dixaine de centimètres au dessous de la tête des personnes qui créent un espace semis-clos.
    (J’aurais posté une photo si j’avais pu)

    Cela m’Apparait comme un bon mix entre intimité/productivité de travail et partage/créativité/travail en équipe. ( mais ne répond au problème d’absentéisme cité plus haut).

    Merci pour l’article !

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    1. Jusqu’en septembre, je travaillais dans un bureau avec cubicules fermés. Depuis, nous travaillons dans un endroit à aire ouverte avec des cubicules qui vont à 10-15 cm plus haut que nos têtes et à mon humble avis, la productivité de mon équipe à diminuée de 25% si ce n’est pas plus. Donc même avec des cloisons de X cm, je suis loin d’être convaincu que cela favorise la productivité.

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  2. Effectivement, je crois qu’il y a lieu de s’interroger sur les impacts d’un bureau à aire ouverte. J’ajouterai que je crois qu’il faut aussi avoir plus de données sur le rendement des gens en fonction de caractéristiques personnelles. Par exemple, les gens qui ont plus de difficultés à se concentrer. On sait aujourd’hui que les gens présentant un TDA (trouble du déficit de l’attention) représente 5% de la population. Mais qu’en est-il de d’autres types de conditions, de symptômes ou de maladies qui affectent notre santé mentale? Une fois qu’on additionne les pourcentages de gens affectés par ces problèmes et qui sont susceptibles de voir leur performance chuter en aire ouverte, est-ce toujours aussi ‘rentable’ de bâtir en aire ouverte? Peut-être verrons-nous prochainement une entreprise mentionner que la confection des espaces de travail plus respectueux et propices à la concentration est un élément de la marque employeur? Si l’espace dédié à chaque poulet d’élevage est une condition à une certiffication des producteurs et une preuve de bonnes pratiques en agriculture, qu’en est-il de l’espace de travail de l’être humain?

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  3. Ginette says:

    Oui je travaille dans un environnement à air ouverte et quand les collègues se mettent à parler de tout et de rien, cela devient très frustrant d’être obligée d’entendre leur conversation qui n’a aucun intérêt pour moi. En bout de ligne ils m’empêchent de me concentrer sur mes tâches et pendant ce temps ils ne sont pas productifs non plus.

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    1. Je te comprends tellement. Et juste pour prouver l’effet pervers de tout cela, je me dis « Pourquoi je travaillerais plus fort qu’eux? » et ma productivité baisse soit parce que je me joins à eux parfois ou je fais autre chose. Je me déçois, mais je ne suis pas stupide non plus.

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  4. Dans une étude qui date, on faisait remarquer que les individus ne travaillent pas tous à la même cadence. La modulation des efforts de travail est nécessaire à chaque travailleur. C’est d’ailleurs un des points qui prônait en faveur de la non utilisation de la chaine de production dans le secteur de l’automobile. Il avait été évalué que lorsque des travailleurs peuvent moduler leur cadence de travail, ils deviennent plus production. Pour y arriver, il faut accepter les stocks tampons et oublier les aires ouvertes. Mais, je le reconnais, cette manière de penser n’est pas à la mode.

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  5. à part l’open space, il me semble que d’autres situations plus dangereuses à long terme du travail de bureau ne font pas l’objet d’une prise de conscience et de mesures de prévention adéquates, ce qui est fréquent : La prévention des risques professionnels des employés de bureau : http://www.officiel-prevention.com/protections-collectives-organisation-ergonomie/ergonomie-au-poste-de-travail/detail_dossier_CHSCT.php?rub=38&ssrub=164&dossid=458

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  6. Dalila Bencharif says:

    C’est ce que j’ai toujours pensé. Personnellement, j’aime mieux le bureau avec une porte ouverte que je peux refermer quand j’ai besoin de silence et de concentration. Je travaille actuellement dans ce type d’environnement. Tout le monde laisse sa porte ouverte et on en voit rarement qui se referment. L’ambiance est excellente ainsi que la cohésion au sein de l’équipe. Quant à la productivité, difficile de faire mieux

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  7. Celine Sage says:

    Pour avoir travailler personnellement dans les deux environnement, mon opinion est qu’il faut considérer la nature du travail, des attentes et des livrables de la fonction et adopter le bureau en conséquence. Une fonction qui traite régulièrement d’éléments confidentiels ou sensibles ne peut etre exécutée dans un environnement ouvert pour des raisons évidentes. Un travail qui demande de la créativité, de la collaboration et du travail d’équipe pourrait être plus approprié aux aires ouvertes.

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  8. Marc Géinas says:

    Chez nous, c’est 7db minimum de plus en open space. Le bruit engendre le stress. « Naturellement » les gens sont supposés parler moins fort en open space. Mais « naturellement » les gens parlent plus fort au téléphone et encore plus fort au cellulaire. Sans compter ceux qui s’interpellent à 5-6 cubicules de distance.
    Pourquoi ça continue … parce que ça coûte moins cher … à court terme !!!

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  9. Dans la plupart des emplois de bureau, le moins cher et le plus efficace serait d’implanter l’accès prioritaire au travail à distance (incluant à partir de la maison). Au moins la moitié du travail de bureau fait tous les jours peut être effectué à distance avec les technologies actuelles. En offrant un mix de travail en collégialité lorsque les tâches ou l’humeur de l’employé le demandent et des bureaux privés « réservables », on obtient un espace de travail modulé en fonction des besoins réels de l’entreprise, des clients et des employés. Le plus dur sera de changer la paradigme « présence = productivité ».

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    1. Effectivement le moins cher est le télétravail et la plupart des gens apprécie beaucoup la liberté que procure le télétravail. Ce qui améliore la productivité sont le confort, la flexibilité et le bon matériel. Donc avec un bon aménagement à la maison on peut réellement augmenter la productivité des employés. Et par la bande on peut augmenter la rétention des employés par leur bonheur au travail et diminuer les coûts pour l’entreprise en réduisant les coûts d’immobilier. Je suis tout a fait d’accord avec vous que le plus difficile est de faire changer la mentalité environnante que présence = productivité. En attendant les écouteurs restent un bon moyen pour se couper du bruit pour effectuer des tâches requérant de l’attention.
      http://www.ugoburo.ca/fr/blogue/teletravail-amenagement-bureau-a-la-maison/

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  10. Je travaille dans un bureau à aire ouverte depuis 2 ans et je n’ai jamais été aussi souvent enrhumée! C’est effectivement très difficile de se concentrer sur une planification d’achat lorsque les patrons s’engueulent derrière toi. Car oui oui , les patrons sont derrière et « supervisent » le tout!

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  11. C’est suite à une discussion justement avec ma collègue qu’elle a trouvé cet article. Discussion qui débutait par : « j’suis plus capable! ». Tout ce qui est cité et démontré dans vos lignes décrit EXACTEMENT ce que l’on vit. En plus d’avoir coupé le télétravail, nous nous retrouvons maintenant collé une sur l’autre. Productivité et motivation à la baisse c’est certain.

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  12. DECOTTIGNIES says:

    Je suis employée communale, pendant 37 ans j’ai travaillé dans un bureau fermé, tout se passait bien… depuis un an un nouvel hôtel de ville a été construit avec aires ouvertes… je n’ai jamais été autant inefficace depuis que j’y travaille… moi qui ai besoin de calme pour travailler, je suis constamment dérangée par les bruits environnants, par les bruits venant de l’accueil (atrium) et de par les bavardages et moments de plaisir des autres bureaux et par le passage de tout le monde. J’ai fait une grosse dépression il y a quelques mois, je travaille à mi-temps maintenant, heueusement et j’ai encore du mal!!!

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  13. J’ai 55 ans et ai eu à travailler dans différents environnements de travail. J’entends bien tous ces dirigeants louangeant les espaces ouverts et partageant leur enthousiasme d’avoir à travailler et à côtoyer l’ensemble des employés dans un mode de gestion « horizontal » ,,, toutefois, étant de ceux qui ont à exécuter et non à gérer,,, un espace calme et fermé permet une concentration et une qualité de travail bien supérieure en plus d’assurer une confidentialité importante et non négligeable au sein des firmes comptables ou autres. J’apprécie les gens qui travaillent pour le plaisir dont le lieu de travail est un lieu de rencontres mais soyons honnêtes, tout cela vise une économie d’espace et d’argent !!!

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