Agir

Les grands projets hydroélectriques : une histoire qui finit bien


La relation entre les peuples québécois et cri se reconstruit lentement mais sûrement sur de meilleures bases.

02/03/2016
LG1
Le barrage La Grande 1 (LG1), à la Baie James

L’histoire des relations entre les instances gouvernementales de tout acabit et les Premières Nations sont souvent colorées d’une teinte sombre. Mais il existe aussi parfois de belles réussites qui prouvent que l’entente entre les peuples fondateurs et les habitants peut prévaloir.

Des relations acrimonieuses

À cet égard, le Centre de recherche en innovations sociales (CRISES) et le Pôle e3 (expertise en énergie et en environnement) de HEC Montréal proposaient, le 10 novembre dernier, une réflexion sous forme de séminaire ayant pour thème « L’acceptabilité sociale des grands projets de développement ». Deux intervenants, Réal Courcelles, représentant d’Hydro-Québec, et John Paul Murdoch, membre du Grand Conseil des Cris, sont venus présenter l’historique du développement énergétique du Nord québécois et tracer un bilan de l’impérieuse collaboration entre la société d’État et cette nation autochtone, et ce pour le bien des communautés concernées et pour la prospérité de tous et chacun.

On l’a mentionné, les relations n’ont pas toujours été au beau fixe entre les deux parties en présence. Toutefois, à en juger par l’atmosphère bon enfant qui régnait entre messieurs Murdoch, Courcelles et la quarantaine de participants venus les entendre, on n’aurait jamais parié sur le fait qu’entre le peuple cri et le peuple québécois, on revient essentiellement de loin!

De fait, les épisodes tendus entre les communautés ont été nombreux, que l’on pense à la construction et à la mise en service de l’immense complexe hydroélectrique de la Baie James au cours de la décennie 1970, ou encore au projet abandonné de Grande Baleine en 1994. Poursuites judiciaires, coups d’éclats médiatiques, appels aux institutions internationales, tous les moyens auront été bons, à la fois pour les Cris et pour le gouvernement du Québec, afin de faire valoir leur cause et leurs revendications précises.

Landry-Moses
Bernard Landry et Ted Moses

Le tournant de la Paix des Braves

Toutefois, la signature de la Paix des Braves en 2002, à l’initiative du premier ministre du Québec d’alors, Bernard Landry, et de Ted Moses, chef du Grand conseil des Cris, marquera un tournant majeur dans l’histoire des relations entre les peuples autochtones et le gouvernement du Québec. C’est ni plus ni moins qu’un nouveau paradigme qui est ainsi mis en place par les deux instances, paradigme qui permet dès lors d’entrevoir une paix sociale entre les Blancs et les Cris, et aussi une paix juridique puisque ces derniers abandonneront toutes les poursuites juridiques contre le gouvernement du Québec. Mais plus encore, cette Paix des Braves balise le développement politique et économique futur du Nord québécois en accordant une autonomie accrue des Cris sur leur territoire ancestral, tout en permettant d’envisager conjointement le développement futur du potentiel hydroélectrique de cette portion du territoire québécois.

De l’importance de l’acceptabilité sociale

Au final, ces luttes acharnées, menées par l’entremise des médias et des tribunaux, tout comme la trêve qui s’en suivit avec la Paix des Braves, auront permis aux principaux protagonistes de saisir et de reconnaître le rôle clé joué par l’acceptabilité sociale dans l’établissement de relations cordiales. Cette acceptabilité sociale doit notamment inclure :

  • Un processus franc et sincère de consultation des communautés touchées directement et indirectement par le développement des projets hydroélectriques et les questions d’aménagement du territoire ;
  • Le consentement libre et éclairé des communautés autochtones à ces velléités de développement;
  • L’engagement des communautés locales dans les projets et la mise au point d’une acceptabilité sociale orientée vers un développement local résilient;
  • Le respect des engagements et de la parole donnée dans la mise en œuvre des projets;
  • La prise en compte, de part et d’autre, des différences culturelles, source de nombreuses incompréhensions mutuelles;
  • La présence de leaders intègres et courageux afin de s’assurer du maintien des bonnes relations entre les deux communautés.

C’est à ce titre que l’amélioration des relations entre le peuple québécois et le peuple cri pourra perdurer, avec en toile de fond le développement économique du Grand Nord, développement qui ne pourra que bénéficier à tous au bout du compte !



Laisser un commentaire